A mon ami P.-E.
En souvenir de cette mémorable soirée, Dieu fasse qu'il y en ait d'autres.
Pour tous les autres, je sais, encore de l'hémoglobine... Désolé.
Dimanche 22 novembre 2009 10h45 - Paris, Musée du Louvre, Aile Denon, Salle des États.
Lui : la quarantaine bien tapée, mais pas encore grisonnante, un peu de bide certes, mais encore de beaux deltoïdes.
Veste cuir, jean noir en coton ciré et simple col roulé en cachemire.
On est dimanche tout de même…
Détails : une Hamilton Ventura* au poignet et des Shipton aux pieds, faut pas déconner non plus.
Le style bo-bo, les sapes "Zadig et Voltaire" et les rééditions vintage des Adidas de son enfance ?
Très peu pour lui.
Pour le reste, plus grand-chose ne l'amuse.
Pas son job, ça c'est sûr : un haut poste dans la finance, qu'il a lui même du mal à décrire quand on le lui demande.
Ni les tocades "New age" de sa femme (bio, yoga, feng shui…)
Et surtout plus ses "Tu vois, on s'encroûte Chéri, faudrait absolument que l'on se fasse un musée le dimanche au lieu de traîner comme des c…" balancés à la cantonade, une fois tous deux au lit
après avoir, enfin, viré les hôtes à minuit passées et qui le refroidissent net pour le "reste".
Elle : la quarantaine aussi, bien assumée paraît-il.
Jolie ? Franchement ? Oui.
Ses fringues ? Trois ans de pouvoir d'achat d'un ouvrier chinois comme il adore perfidement lui rappeler faute d'en apprécier le style.
Job ?
Multiples : mentalité "mercenaire", change de crèmerie tous les 4-5 ans. Un principe.
Confesse aussi volontiers à ses copines, lors de ses "Girly Fridays" et après 2-3 Mojitos, que le jeune responsable du contrôle de gestion, ben que…, bref !
- "Non, Hervé n'est pas au courant; t'es folle ou quoi ?"
Se sont connus à Sup' de Co Paris, elle, en première année, lui, en dernière.
Pas d'enfant, par choix au début.
Trop tard maintenant...
Queue à n'en plus finir devant la pyramide de verre.
Pour tuer le temps, il essaye de savoir, en les comptant, s'il y a bien 666 triangles comme l'affirme la légende urbaine à ce sujet.
Parquet qui grince, odeur d'encaustique, hordes d'asiates (on peut plus dire japonais, les chinois déferlent à présent) qui trottent dans les galeries pour respecter l'horaire.
- "... et comme la composition, fondée sur les diagonales…"
- "Le sujet ne respecte pas l’unité d’action… lors sa présentation au Salon des Indépendants de…"
Regard qui s'embrouille et esprit qui bascule de l'autre côté du miroir.
Cris, râles des agonisants, vent qui lui gifle la figure, et …mon Dieu, cette odeur, mais cette odeur !
"Eh bien, Chéri, tu viens ?, T'étais où ? Dix minutes que je te cherches"
…
"Y'a un truc qui pue tout d'un coup, tu trouves pas ?"
…
"Mais qu'est-ce t'as fait à ton bas de pantalon, c'est tout mouillé ?"
…
Douce mélodie du saz rythmé par le tambourin de l'esclave noire.
Effluves de benjoin, de musc et d'ambre.
Moiteur du hammam, lascivité des corps, féminité offerte au regard et au désir.
…
"Ben t'étais passé où encore ?"
…
" Mais qu'est-ce t'as aujourd'hui ? T'as été fumer un splif ou quoi ? Et ton regard là…"
…
"Et puis…Mais tu sens la cocote ! Hervé mais t'as fait quoi là ?"
…
" Et puis arrête de me regarder avec ton sourire de ravi de la crèche !"
…
Craquements sinistres des poutres qui s'écroulent dans l'incendie, fumée brûlant les yeux et la gorge.
Hennissements des chevaux, hurlements des femmes et clameurs des soldats.
La main gauche étreint le bras, la lame plonge dans le cou de la jeune esclave. **
Qtala ! Qtala ! Qtala !***
Meurtre sanglant au Louvre
C'est Dimanche dernier vers 12h30 dans une salle peu fréquentée du célèbre musée qu'un touriste a découvert le corps sans vie d'une jeune femme qui baignait dans son sang.
Aussitôt alertée, la Brigade Criminelle, très proche du musée comme nos lecteurs le savent, est venue effectuer les premiers constats.
Selon nos sources, la victime, Mathilde S., 43 ans aurait été poignardée au niveau de la trachée par une arme blanche de grande dimension.
Arme non retrouvée à l'heure où nous mettons sous presse malgré une fouille complète des bâtiments et le dragage de la Seine par la Brigade fluviale.
L'angle de la blessure ainsi que la disposition du corps laissent à penser que la victime aurait été frappée par derrière.
Aucune marque de défense n'ayant été relevée, on peut supposer que l'attaque a été aussi soudaine que violente.
La mort aurait été quasi instantanée, la crosse aortique ayant été sectionnée lors de l'unique coup porté par l'agresseur.
Toujours selon nos sources, l'auteur présumé du meurtre serait d'ores et déjà identifié par les limiers du 36 qui ont pu exploiter rapidement les bandes des caméras de surveillance présentes dans
tout le bâtiment.
Ce serait le propre mari de la victime, Hervé S., homme sasn histoires, qui fait figure de principal suspect.
Ce dernier a été vu en présence de la victime durant toute la matinée bien qu'aucun enregistrement de l'agression mortelle ne soit visible.
Attirant l'attention des passants par son allure bizarre et le sang maculant des vêtements, il a été interpellé peu après les faits sur le pont des Arts, pont piétonnier parisien très proche du
Musée.
Visiblement en état de choc, ce dernier n'a pas été en mesure de fournir la moindre explication.
Fait plus troublant, ce dernier, durant les premières auditions n'a su s'exprimer que dans une langue inconnue qui serait, selon les traducteurs sollicités pour l'occasion, un mélange d'akkadien
et d'araméen.
Langues que M. S. n'a jamais eu l'occasion d'apprendre selon les déclarations du Procureur de la République joint par notre rédaction au téléphone.
Enfin, véritable énigme en soi, le Musée du Louvre étant en permanence sous vigilance Vigie pirate rouge, il est impossible, selon les responsable de la sécurité, qu'une arme répondant à la
description du légiste ait pu être introduite à un quelconque moment sans déclencher les alarmes des portiques de détection métallique.
A cette heure Hervé S. est toujours en garde à vue dans les locaux de la Brigade Criminelle.
Disparition au British Museum
Après l'étrange meurtre du Louvre (voir en page 4 de l'édition de lundi), c'est au tour du fameux British Museum d'alimenter la chronique "Faits divers".
C'est hier matin, qu'au cours de sa visite de routine avant l'ouverture, qu'un des gardiens du musée a constaté la disparition d'une pièce majeure de la collection des antiquités assyriennes.
La pièce disparue est une lame de poignard datant de la fin du VII ème siècle av. JC, léguée au musée en 1847 par Sir Austen Layard lors de sa campagnes de fouilles dans la zone de l'antique cité
de Ninive (actuellement la ville de Mossoul en Irak).
Cet objet, d'une valeur marchande estimée à plus de 500 000 €, faisait partie des rares pièces susceptibles d'avoir appartenu au trésor du roi légendaire Sardanapale.
Ni les services de sécurité, ni Scotland yard n'ont souhaité répondre aux journalistes, mais sous couvert d'anonymat, certains employés certifient qu'aucune alarme ou tentative d'intrusion n'ont
été relevées au cours de la nuit précédant la disparition.
* une pure beauté de design, à mon poignet depuis un bail, merci encore aux
souscripteurs ;-)
** pour toi ami lecteur de Province qui n'a pas, disons-le franchement, le privilège d'avoir les plus grands musées de la planète à 15 mn de ton boulot ou ½ h de chez toi, voici les clefs de
l'histoire.
Ami lecteur parisien, ça remonte à quand ta dernière visite ?
***Qtala : "tuer" en araméen (believe it or not, j'ai vérifié).
PS: étant retourné au Louvre il y'a peu, je m'aperçois que j'ai commis une grosse incohérence (emplacements des œuvres dans le musée).
La mémoire très cher, la mémoire…
Mais sans prétention mal placée, dois-je rappeler que selon Dan Brown, Sophie Neveu, soulève à bout de bras et pose au sol la Vierge aux Rochers. J'ai bien regardé la dernière fois, rien que
le cadre, en bois massif, doit faire dans ses 50-60 kg et la Sophie dans le bouquin, c'est pas une haltérophile bulgare.
Et puis en définitive, on s'en f..t et j'emm... et Dan Brown et la triste réalité.