Quand les drapeaux sont déployés... v1.1

Publié le par Fab

... toute l’intelligence est dans la trompette (Stefan Zweig)  

Un long billet avec plein d'images.

Je ne vais pas vous faire un cours sur la puissance "fédératrice" des symboles (voir mon titre), ou sur la psychologie des foules, voire du fétichisme freudien, pas le lieu, on fait Histoire aujourd'hui, mais tout de même... ouvrons la réflexion.

C'est la "révolution" en Roumanie de 1989 qui m'a fait méditer sur la puissance magique de ces morceaux d'étoffe colorées et me plonger dans la vexillologie.
Qu'y voyait-on ?

En gros ceci :

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Si comme pour moi, la Roumanie vous évoquait vaguement la Syldavie de chez Tintin avec un dictateur cité en exemple par nos gouvernants occidentaux, Ceausescu 'l'indépendant" face à l'URSS…(rires !), vous avez du, vous aussi, vous poser LA question :

"Mais pourquoi diable, les mecs dans la rue brandissaient-ils tous un drapeau avec un gros trou au milieu ?"
 
Réponse : ils avaient ôté les "armes" communistes  (les gerbes de blé, marteaux, faucilles, etc.) de leur drapeau national pour retrouver celui d'antan.

Quelques centaines de morts au passage tout de même...



Et là, petit flash back sur mes cours d'histoire du lycée.

En 89, c'était encore "frais".


Dans toute l'Histoire, les drapeaux ont flotté fièrement : des vexillums SPQR de la Légion Romaine à ceux des nazis aux parades de Nuremberg, sur les mâts des galions espagnols, au sommets des palais des rois, des montagnes, sur la lune même, peints en trophées sur les carlingues des chasseurs US en 44, ou claquant plus pacifiquement au vent devant notre Parlement Européen.

Le drapeau marque le centre des idées et des actions des hommes.

Reflétant ses aspirations, ses réalisations, ses victoires... ses défaites.


Eugène Delacroix- La liberté guidant le peuple- (1830)- Musée du Louvre.

Quand cela a-t-il commencé ?
 
Thèse très personnelle, mais je pense juste après "lui", quand Sapiens sapiens est arrivé f... le b... sur Terre.


2001 Space Odyssey - S. Kubrick


Le peu que je sache provient de la version française du livre "Flags through the ages and across the world", épuisé, de Whitney Smith, inventeur du terme même de vexillologie, créateur de drapeaux pour certains pays "neufs" et des ressources inouïes de quelques sites dont : 

http://www.cyber-flag.net/ en français,

http://flagspot.net/flags/ en anglois.

Grands moments :

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Bonaparte au Pont d'Arcole - 15 nov.1796 - (Horace Vernet.- Coll.Privée)

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Iwo Jima - 23 fév. 1945 - (Photo : Joe Rosenthal - Associated.Press) Les boys hissent le drapeau sur le mont Suribachi (en fait le 2 ème drapeau hissé, le premier étant jugé trop petit et pas assez "photogénique") .



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La chute de Berlin - 30 avr. 1945 - Le soldat Yegorov hisse le drapeau soviétique au sommet du Reichstag (prise le lendemain de la chute du Reichstag, au "calme" avec la mise en scène qu'il faut, comme à Iwo Jima)


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Neil Armstrong sur la Lune - 21 juil.1969 - (je me souviens encore des images floues et grisées de la TV et des bips ponctuant une langue incompréhensible). 


 

Petites histoires :

-1) Perfide Albion

Vous connaissez tous l'Union Jack, le drapeau britannique, une des plus belles réussites au monde question design, on le voit "partout" : des strings des ados aux mugs souvenirs en vente sur Oxford street à Londres.


Moins connu des non-anglophiles est le pavillon royal de Sa très Gracieuse Majesté Elisabeth II, on le nomme le "Royal Standard". On se découvre, please !

Il ressemble à ceci et il est un excellent résumé de 9 siècles d'histoire entre nos deux beaux pays :

 






 

 



Le "lion de gueules rampant" c'est l'Ecosse et la harpe magique de Dagda, l'Irlande, Galles y est absente, c'est une principauté "indépendante" de la Couronne.
 

Remarquez plutôt le "de gueules aux trois léopards d'or passant regardant", drapeau de Richard Coeur de Lion. Les lions ? Ce sont les mêmes que ceux de notre belle Normandie qui n'en compte que deux sur ses armes.


Armes de Normandie

Jusque là, tout est normal, Guillaume le Conquérant était Normand.

Le troisième lion alors ?

C'est celui de l'Aquitaine...


Armes d'Aquitaine

Ben pourquoi ?

Souvenez-vous... de la belle et tumultueuse Aliénor d'Aquitaine (1122-1204).
Après s'être faite larguer par ce gros c... de Louis VII, avec qui va-t-elle se consoler ?
Bonne réponse, avec Henri II d'Angleterre.
Elle lui fera une marmaille impressionnante, tous célèbres, dont le petit Richard.

Qui, une fois grand, blasonnera son drapeau avec trois lions, pour bien faire comprendre aux "françois" across the Channel, qu'il compte bien récupérer les affaires de maman que son-ex n'a pas rendues, soit l'équivalent d'une vingtaine de nos départements actuels.

Son drapeau est vécu comme une provoc' permanente pour la couronne de France.
138 ans après la mort du Lion, "on" va d'ailleurs se faire un petit peu la guerre à ce sujet.
Azincourt, Crécy, Jeanne d'Arc...

Henri IV d'Angleterre (1367-1413) y va franchement, voici le Royal Standard qu'il se fait faire :



Le blason de l'ancêtre et les armes royales de France, faut surtout pas se gêner.

Les siècles passent... la mémoire reste.

Voici à quoi ressemblait le "Royal Standard" jusqu'en 1802 :



Et que se passe-t-il en 1802 ?

Le 25 Mars 1802, c'est la signature du traité de paix d'Amiens. Pour la première fois, le roi d'Angleterre renonce officiellement à son titre de "Roi de France", qu'il s'attribuait depuis la guerre de Cent-ans...

Ne vous étonnez pas après, que quand un Chuchill déclare : "We shall never surrender" en juin 40 en pleine déroute franco-anglaise, faut peut-être le croire.
Adolf aurait du se souvenir de l'histoire du Royal Standard.

Le Rosbif ne lâche jamais, mais alors jamais, l'affaire, à la guerre comme au rugby, et c'est ce trait de caractère ainsi que leur humour et leur musique, j'ai pas dit cuisine, qui me font tant aimer cette nation.



-2) Henri V de Chambord ou Loser 1er / Un blanc, sinon rien !

La puissance symbolique du drapeau...

Vous allez voir.

1871, déroute française, chute du Second Empire, élections précipitées pour désigner une Assemblée nationale.
Une majorité conservatrice et royaliste  est disposée à rétablir la monarchie.

La plus grande partie des monarchistes se tournent vers le prétendant légitime au trône, le comte Henri de Chambord. La cinquantaine, p
etit-fils de Charles X, il a été éduqué par Madame Royale, fille de Louis XVI et ancienne prisonnière du Temple, dans la haine de la Révolution.

 

Ayant toujours vécu en Autriche, le comte de Chambord, qui  ignore tout des réalités françaises, garde la nostalgie du passé et se berce dans l'illusion de restaurer une monarchie de droit divin.

On va faire court, Adolphe Thiers se fait virer en 1873, l'Assemblée se met en Constituante et des émissaires vont apporter sur un plateau les clefs de la "Maison France" à Henri V et même la couronne qui va avec.

Accord de principe de ce dernier à la condition toutefois que l'on rétablisse... le drapeau blanc de la Monarchie !

On a beau lui dire que : "Sire, le Tricolore a traversé les régimes, des français sont morts pour lui m^me, vos futurs sujets n'apprécieront pas..."

Rien à faire, il ira même jusqu' à déclarer : "Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV».

Fin du jeu, Mac Mahon verra son mandat prorogé pour sept ans.

La troisième République suivra en 1875.

Ah, au fait, la Royauté Française n'a jamais eu de drapeau officiel avant 1789, et encore moins blanc, c'était bleu de France et fleurs de lys....

Le drapeau blanc, c'est celui de la Restauration (1815-1830).

Buté, c... et inculte par dessus le marché, le Henri de Chambord.

Ouf ! On l'a échappé belle...




-3 A l'abordage ! Le Jolly Roger

Encore une création française que les anglais nous ont piquée !



Signalé pour la première fois  en 1700, par le capitaine du  Poole attaqué au large  de Cuba par un pirate français du nom de Emmanuel Wynne.

Son navire arborait un pavillon noir avec tête de mort, tibias croisés et un sablier, symbole du peu de temps restant à l'adversaire pour choisir entre combat et reddition.


Contrairement à une idée reçue, il n'était qu'un drapeau d'avertissement, le vrai drapeau signifiant que c'en était fini de vous, c'était le drapeau rouge, déjà en usage dans les marines royales Anglaises et Françaises, le sinistre "Sans quartiers".

Tous les films hollywoodiens se sont plantés...

Révision expresse à la page 19 du " Trésor de Rackham le Rouge" pour Tintinophiles ;-)



Jolly Roger du vrai Jack Rackam


Par la suite chaque pirate brodera autour de la thématique et se créera son propre pavillon.




Tapez  "Jolly Roger" dans Google Images, vos gamins vont vous en  vider les cartouches d'imprimantes, comme l'on fait les miens.

Pourquoi Jolly Roger ? d'aucuns disent que c'est une altération de Joli Rouge, le nom de l'autre pavillon, d'autres une allusion à "Old Roger" , le diable.

Peut importe, comme tous les gosses, il a été un support sans fin pour mon imagination,  j'ai reproduit ce truc sur les torchons de ma grand-mère pour jouer avec mes cousins, dans les marges de mes cahiers quand je me faisais ch... en cours.

C'est N majuscule en alphabet Windings (mettre en police 72, fond noir, couleur blanche)

Fait intéressant, on le voit partout depuis 4-5 ans dans la mode ado.


 On recentre.

Le Jolly Roger simple souvenir folklorique de la marine à voile ?

Pas si sûr.

En 1901, un officier de l'Amirauté anglaise declarait à propos des sous-marins :

 "Les sous-marins sont sournois, déloyaux, et sacrément "un-english", considérez donc les sous-marins comme des pirates en temps de guerre ...pendez tout l'équipage"

En réponse à cette c... sortie 13 ans plus tôt, en 1914, le capitaine (futur Admiral Sir) Max Horton, au retour d'une patrouille victorieuse où il coula des navires allemands, exhiba le Jolly Roger sur le kiosque de son sous-marin.

La tradition était repartie, à ceci près, que le Jolly Roger n'était plus montré avant, et pour cause, un sous-marin...mais exhibé en trophée en retour de mission.

Réponse en image (source : Royal Navy Submarine Museum et sites privés ) :



Capitaine Max Horton exhibant le Jolly Roger



Exemplaire conservé au Musée des sous-marins.

Je n'ai pas réussi à trouver la signification des écussons autour du crâne (les dagues, barette, etc...).

Si un mataf me lit...

Sachez que cette tradition perdure dans la Royal Navy et que tout sous-marin de retour d'une mission de guerre, exhibera le Jolly Roger en revenant à son port d'attache (vu en 2003 au retour d'Irak).

Voici le Jolly Roger du HMS Conqueror qui coula le Belgrano durant la guerre des Malouines en 1982  :




















 

Une ch'tite conclusion ?

Je paraphraserai simplement  Zweig, et dire que maintenant :

"Quand les drapeaux sont déployés, toute l'intelligence est dans la... canette !"

 

 

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Publié dans Histoire

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