Made in USA 4 / Ambrose Bierce / Le Dictionnaire du Diable

Publié le par Fab

Fréquentation du blog en pointillé ces derniers jours, je classe, enfin je tente, et sauvegarde les 500 gigas du disque dur...

Par Jupiter, le treizième travail d'Hercule !


Let's stay a while in America.

Le prochain billet, sera...Vous verrez bien.

Donc today, hommage à un drôle de mec de la littérature américaine, sorry, étasunienne et présentation de l'œuvre qui l'a rendu célèbre : "Le Dictionnaire du Diable".

Un de ces ouvrages qui vous fait enrager car écrit avant votre naissance et bien mieux que vous ne pourrez jamais le faire. Grrrr !

Un des mes livres fétiches que je redécouvre à chaque fois.


Kisséssuila Bierce ?

 

Bierce, Ambrose Gwinnet Bierce. (1842 Ohio - 1914(?) Mexique).

 

Bio expresse.

Fils d'un calviniste intégriste très porté sur la Bible et le bourbon et d'une mère dominatrice, famille puritaine et miséreuse.

Il sera vacciné à vie de toute religion (cf. ses entrées à ce sujet dans son dico).

Le dixième d'une fratrie de treize dont tous avaient un prénom débutant  par la lettre A. Des parents "cintrés" vous dis-je.

Les frères et  sœurs d'Ambrose partagent la "bizarrerie" familiale et son enfance se déroule dans un climat étrange où les enfants, organisés en bandes rivales, se vouent une haine féroce et réciproque.
Ambiance...

Autant par ennui que pour faire comme ses aïeux, il s'engage à 19 ans dans les rangs des Nordistes durant la Guerre de Sécession.


Il participera à toutes les batailles, côtoiera les pires horreurs (les premières mitrailleuses préfigurant les massacres de 1914 sont inventées lors de ce conflit), y sera blessé à la tête et promu officier à 23 ans.


Il commence à écrire durant cette période, des nouvelles et des articles pour son fameux dictionnaire.


Une de ses nouvelles les plus connues (comme le crabe, tout est bon chez Bierce, son œuvre est inclassable, à la frange du fantastique et de l'étrange, il s'en dégage une sensation...et puis z'avez qu'à lire, tout est dispo en poche) est "Ce qui se passa sur le pont de Owl Creek" dont je vous laisse savourer la construction et la chute.


 () C'est cette nouvelle qui inspira Terry Gillian pour la dernière scène de Brazil. Fin de ()


 Il part en Angleterre pour y chercher fortune.

Échec cuisant.

A 26 ans il s'installe en Californie et devient chroniqueur, vite célèbre et craint par sa plume acerbe et caustique.

On l'appellera "bitter Bierce", Bierce l'amer.

Il sera le protégé de William Randolf Hearst (le fameux Citizen Kane d'Orson Wells).

Il continue en parallèle son œuvre de nouvelliste.

Vie perso calamiteuse, suicide d'un de ses fils, mort par alcoolisme de l'autre, divorce...

Pour conclure, fin 1913 à l'âge de 71 ans, il part rejoindre l'armée de Pancho Villa au Mexique.

Et dans une ultime révérence insolente, on perd toute trace de lui une fois la frontière franchie.

Le mystère demeure à ce jour.


Le Dictionnaire du Diable donc.


Éh bien c'est un dico.


Simplement, les définitions sont "rock 'n roll", on y retrouve bien l'auteur dans son cynisme et sa détestation de la bigoterie et du puritanisme, du monde moderne qui se profile, des affairistes et de l'espèce humaine en général.


Bierce illustre souvent ses propos par des vers, des citations ou des déclarations de personnages illustres tous de son invention et hautement fantaisistes.


La place me manque pour les retranscrire, mais c'est un vrai régal.




Je  mets le dico de Bierce bien devant celui des "Idées reçues" de Gustave Flaubert, qui date un peu à mon goût (très bon quand même, texte intégral ici : http://www.dicoperso.com/list/7/index.xhtml )




Compilation toute perso et subjective ami lecteur.  


Let's go.


Aborigènes
n.p. Personnes de moindre importance qui encombrent les paysages d'un pays nouvellement découvert. Ils cessent rapidement d'encombrer ; ils fertilisent le sol.


Amnistie
n. Magnanimité d'un pays envers des coupables qu'il serait trop onéreux de sanctionner.


Autel
n. Endroit où le prêtre émiettait jadis l'intestin grêle de la victime d'un sacrifice pour en tirer des oracles [prophéties] et où il cuisinait la viande pour les dieux. L'endroit n'est plus guère utilisé pour les sacrifices, sinon celui de la liberté et de la paix d'un mâle et d'une femelle conjointement atteints de folie.


Bonheur
n. Agréable sensation qui naît de la contemplation de la misère d'autrui.


Cadavre
n. produit fini dont nous sommes la matière première.


Calomnier
v. Attribuer malicieusement à quelqu'un les actions vicieuses que l'on n'a pas eu la tentation ou l'opportunité de commettre soi-même.


Chrétien
n. Personne qui croit que le Nouveau Testament est un livre d'inspiration divine admirablement adapté aux besoins spirituels de son voisin. Personne qui suit les enseignements du Christ tant qu'ils ne sont pas incompatibles avec une vie de péché.


Clairvoyance
n. Capacité pour une personne, généralement féminine, de voir ce qui est invisible pour son patron - à savoir que c'est un abruti.


Conservateur
n. Politicien qui affectionne les maux existants, qu'il ne faut pas confondre avec le Libéral qui souhaite les remplacer par d'autres.


Débauché
n. Personne qui s'est mise de si bonne heure à la poursuite du plaisir qu'elle a eu l'infortune de le rattraper.


Déluge
n. Premier essai remarqué de baptême collectif, qui lessiva tous les péchés (et les pécheurs) de la création.

Léon François COMERRE - Le Déluge - Musée des Beaux Arts de Nantes

Ma préférée

Deux fois adv. Une fois de trop.


Drapeau
n. Chiffon bariolé brandi au-devant de soldats et hissé sur des fortins et des bateaux. Entraîne apparemment les mêmes réactions que certaines inscriptions sur les épreuves d'Imprimerie - "Bon à tirer".


Ecritures
n.p. Livres sacrés de notre sainte religion, à ne pas confondre avec les récits profanes et mensongers sur lesquels sont fondées toutes les autres croyances.


Égotiste
n. personnage au goût vulgaire qui s'intéresse à lui-même plus qu'à moi.


Encre
n. Vil composé de tanin, de noir de fumée, de gomme arabique et d'eau, principalement utilisé pour faciliter la contagion de la bêtise et promouvoir le crime intellectuel.


Épousée
n. femme qui a un bel avenir de bonheur derrière elle.


Erudition
n. Poussière tombée d'un livre dans un crâne vide.


Faire appel
v. En termes de justice, demander que l'on remette les dés dans le cornet pour un nouveau lancer.














Histoire
n. Compte rendu hautement douteux d'événements historiques hautement futiles, causés par des chefs d'une haute scélératesse et des soldats particulièrement stupides.


Homéopathe
n. L'humoriste de la profession médicale.


Homicide
n. Extinction d'un être humain par un autre être humain. Les homicides sont de 4 sortes : félons, excusables, justifiables et louables, mais la différence n'est guère sensible pour la personne qui a été occise d'une manière ou d'une autre - la classification étant surtout destinée aux juges.


Imagination
n. Entrepôt d'idées dont le poète et le menteur sont copropriétaires.


Infidèle
n. à New York, personne qui n'a pas foi en la religion chrétienne, à Constantinople, quelqu'un qui s'en réclame.


Insurrection
n. Révolution qui a échoué. Tentative infructueuse pour substituer le désordre à un mauvais gouvernement.


Interprète
n. Individu qui permet à deux personnes de langues différentes de se comprendre mutuellement, en répétant à chacune ce qu'il aurait été intéressant pour l'interprète que l'autre eût déclaré.


Laideur
n. Don fait par le ciel à certaines femmes, entraînant la vertu sans l'humilité.


Longanimité
n; Disposition à endurer l'outrage avec une douce indulgence tandis que se rumine un  plan de vengeance.


Longévité
 n.  Prolongation peu commune de la crainte de la mort.


Louanges n. Hommage à une personne qui jouit des avantages cumulés du pouvoir et de la richesse, ou de la considération du trépas.

Lycée n. 1/ Ecole antique où l'on s'entretenait de philosophie. 2/ Ecole moderne où l'on discute de football.


Mammifères
n. Famille d'animaux vertébrés dont les femelles, à l'état de nature, allaitent leurs petits, mais dont la version instruite et civilisée, les confie à une nourrice ou utilise un biberon.


Mariage
n. Communauté composée d'un maître, d'une maîtresse et de deux esclaves, l'ensemble ne faisant que deux personnes.


Mausolée
n. Sottise finale et grotesque du riche.


Mensonge
n. Père de la plus respectable des familles qui comprend l'Enthousiasme, l'Affection, l'Abnégation, la Foi, l'Espérance, la Charité ainsi que de nombreux autres rejetons.


Paix
n. Dans les affaires internationales, période de duperie entre deux périodes de combats.


Paresse
n. Suspension d'activité tout à fait injustifiée chez un subalterne.


Patience
n. Forme mineure de désespoir, déguisée en vertu.


Pauvre
n. Individu qui avait mis sa confiance dans le soutien de ses amis.


Pharmacien
n. Complice du médecin, bienfaiteur du croque-mort et ravitailleur de la vermine du cimetière.


Philosophie
n. Route comportant de nombreuses voies et qui s'étend de nulle part à rien.


Piraterie
  n. Commerce débarrassé de tous ses salamalecs, tel que Dieu l'a créé.


Prier
 v.  Demander que les lois de l'univers soient abrogées en faveur d'un suppliant particulier qui est, de son propre aveu, sans mérite.


Religion
 n. Fille de l'Espérance et de la Peur. Elle explique à l'Ignorance la nature de l'Inconnaissable


Respectabilité
n. Fruit des amours entre un crâne dégarni et une bonne situation bancaire.




R.I.P.
Abréviation laconique de requiescat in pace, qui témoigne d'une sollicitude envers les morts.
D'après le Dr. Drigge, cependant, les initiales ne signifiaient à l'origine rien de plus que reductus in pulvis.

Saintes Écritures n. Livres sacrés de notre sainte religion, à ne pas confondre avec les récits profanes et mensongers sur lesquels sont fondées toutes les autres croyances.


Sénat
n. Groupe de gentlemen d'un certain âge chargés de hautes responsabilités et de sombres méfaits.


Seul
adj. En mauvaise compagnie.


Sorcière
n. 1/ Horrible et repoussante vieille femme, en perverse activité avec le diable. 2/ Belle et attirante jeune personne, dont les perverses activités dépassent le diable.



Soumission
n. Patience dans l'inconfort, mais dans l'espoir d'une revanche qui en vaille la peine.


Surmenage
n. Dangereuse maladie affectant les hauts fonctionnaires quand ils veulent partir à la pêche.


Téléphone
n. Invention du diable qui annule quelques uns des avantages à maintenir une personne désagréable à distance.


Tombeau
n. Endroit ou l'on place les morts, dans l'attente des étudiants en médecine.




Travail
n. L'un des processus selon lequel A gagne des biens pour B.


Vérité
n. Compromis ingénieux entre l'apparence et la désirabilité.


La Vérité sortant du puits - Edouard Debat-Ponsan - Musée de l'Hôtel de ville d'Amboise

Et pour finir

Vieillesse n. Période de la vie pendant laquelle nous composons avec les vices que nous continuons à chérir en vilipendant ceux auxquels nous n'avons plus l'audace de nous adonner.


Me fait penser à celle de La Rochefoucauld  "Les vieillards aiment à donner de bons préceptes pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples."























Bande son : Rossini / Opéras - Ouvertures 

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Publié dans Littérature

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F
Absolument époustouflant de vérités crues et au vitriol, cela a au moins la vocation de nous sortir de notre léthargie intellectuelle...A recommander à tous et obligatoire pour les classes du bac !
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