Croyance et réalité / L'Empire romain & sa chute / La notre ?
Billet au beurre demi-sel, aux huitres, au chouchen et au granit, je suis en Bretagne, mais là bas y'a aussi le net.
Billet aussi à vous faire vider votre bouteille de scotch préféré ou avaler 3 Témesta (pas les deux ensemble, sinon bobo la tête)
Ne partez pas, je ne parlerai pas d'éco (nomie) mais d'éco-logie encore que les influences étant réciproques...
Nous sommes vraiment dans la société des paradoxes.
Les soit-disants grands problèmes ou menaces ne sont pas celles qui nous sont serinées à longueur de médias, les vrais dangers sont ignorés, minimisés ou tus.
Quant aux solutions, je pense en particulier à la "deep-écology" et à son influence grandissante, permettez-moi d'en sourire et de douter sérieusement de la validité de propositions s'appuyant sur notre sentiment de culpabilité judéo-chrétien, la mortifiaction et la privation et édictées par une "élite" autoproclamée agissant pour le bien de tous.
Vous savez, "votre empreinte carbone", la taxe CO2 sur votre bagnole et la comparaison des abattoirs industriels aux camps nazis (je ne retrouve plus l'affiche, mais cette campagne de pub à 2 ans au plus).
Cela relève à mes yeux des principes de la République thermidorienne ou du "grand bond en avant" chinois, pour ne pas citer d'autres régimes qui aimaient bien et protégeaient les animaux (???).
Années 30 et près de chez nous, si, si, historique, vérifiez.
Allez un indice.
Tout système qui ne met pas l'homme au centre des ses préoccupations... On connaît la suite.
C'est par son talent, la recherche scientifique, le changement de référentiel et non pas par "moins de" ou "pas de" que l'espèce humaine s'en est toujours tirée.
Certainement pas par de la "vertu" bien pensante obligatoire décrétée d'en haut par deux trois ayatollahs de la chlorophylle.
Spinoza disait d'ailleurs "Au lieu de combattre le vice, enseignons les vertus".
Ce n'est pas l'objet de cet article, mais l'effet de serre relève du nouveau mythe millénariste, j'y reviendrai au calme un de ces jours.
M'enfin, comme je l'ai déjà écrit, cascades d'information et de réputation sont des outils très puissants, le coût social de l'opposition devient prohibitif.
Parmi les trois-quatre véritables menaces pour notre monde, il y en a une silencieuse, mais présente quotidiennement sous vos yeux (pour ceux, qui comme moi ont des champs dans leur environnement quotidien).
Pas de chance, résultat de 40 ans de politique agricole dictées par les eurocrates, il est politiquement incorrect de l'évoquer, et pourtant...
Je vais laisser la parole à un expert Claude Bourguignon, son CV est éloquent, ingénieur à l'INRA avant d'en claquer la porte, il est expert en micobiologie des sols.
Moins spectaculaire que de faucher du maïs devant les caméras de TF1 / France 2 ou de vandaliser un McDo, j'en conviens.
Mais il ne suffira pas de rouler en Twingo, trier ses ordures ou de boire du café Max Havelaar pour que tout aille mieux...
Je vous le "sers" en deux parties :
- pour les feignasses, une vidéo, extraite du documentaire "Alerte à Babylone" que vous pouvez visionner sans trop de difficultés en intégral sur Youtube ou Dailymotion.
- pour les érudits raffinés et complets que vous êtes tous, un extrait d'un des interviews.
Bon film et bonne lecture si je puis dire.
Claude Bourguignon : La Terre, est la seule planète à posséder un sol. Le sol est une matière vivante, plus complexe encore que l'eau ou l'atmosphère, milieux relativement simples. Le sol ne représente pas un volume important sur notre planète, mais il est extraordinaire. Il ne mesure que 30 centimètres d'épaisseur en moyenne, mais il héberge 80 % de la biomasse vivante du globe. Il pèse 50 000 fois plus lourd que tout ce qui vit à la surface de la terre.
C'est le seul milieu qui provienne de la fusion du monde minéral des roches-mères et du monde organique issu de la vie à la surface de la terre. Il n'y a que la planète Terre qui possède ce milieu, qui abrite plus d'êtres vivants que sur tout le reste de sa surface ! Cela ne se voit pas. À l'échelle planétaire, il existe 2 500 espèces de vers de terre et ils pèsent aussi lourd que tous les autres animaux du monde. Les Anciens ont eu raison d'appeler notre planète « Terre ». Il n'y a qu'une seule planète ayant un sol, c'est la nôtre. C'est un milieu tout à fait exceptionnel, le plus riche de notre planète. On compte dans un sol vivant environ un milliard de microbes par gramme...
Ce monde microbien, on l'a négligé alors qu'il ne coûte rien ! Un énorme tabou pèse sur le microbe : il est vu dans notre société comme la source principale de mort avec la vision pasteurienne. Or, les bactéries des sols fixent (gratuitement) l'azote de l'air pour faire des nitrates, elles ! Le sol, nous l'avons vu, est formé de matières organiques et d'argiles. Autrefois, les hommes l'entretenaient en lui apportant la matière organique, - le fameux fumier des Anciens. On l'entretenait aussi en lui apportant des argiles qu'on appelle « marnes ».
Depuis plusieurs dizaines d'années, on se contente de nourrir les plantes avec des engrais et de les badigeonner de pesticides rémanents, on ne s'occupe plus du sol. Et à force de subir des agressions chimiques et mécaniques de plus en plus puissantes, les terres s'épuisent. Conséquence ? La baisse des rendements. Ils ont en effet augmenté de 3% de 1950 à 1984, de moins de 1% de 1984 à 1994, et la plupart des chiffres sont en baisse depuis 1995 pour les rendements de céréales notamment...
Cela vaut pour les États-Unis qui ont selon la FAO 28% de leur superficie cultivable réduit à la stérilisation. On se préoccupe beaucoup de l'atmosphère et de l'eau, personne ne parle du sol !!!
La culture intensive mène à la famine
On aborde aujourd'hui l'agriculture sous l'angle financier. On se préoccupe du nombre d'hectares et de têtes de bétail possédés permettant d'obtenir des subventions et des facilités à l'export. Le quantitatif prime sur le qualitatif, avec un certain nombre d'effets différés redoutables et officiellement reconnus, en France comme ailleurs.
Or nous avons environ 90 millions d'habitants en plus sur la planète tous les ans. Si nous ne sommes pas capables d'augmenter nos rendements, d'augmenter disons la production mondiale de céréales avec une population qui augmente d'à peu près 100 millions d'habitants tous les ans, nous allons tout droit à la famine. Et ce, bien qu'on nous ait annoncé, dans les années 70, le règlement de tous les problèmes alimentaires de l'Humanité ! Ce constat scientifique est inquiétant. Il montre que le spectre des grandes famines n'est pas totalement écarté en Europe, comme ailleurs.
Si l'on reprend l'histoire de l'Humanité, nous voyons qu'elle est passée par des phases de grandes famines. Elle a tout d'abord vécu, pendant plusieurs millions d'années, de chasse-cueillette. Les hommes ne cultivaient pas la Terre et ne connaissaient pas la famine, travaillant extrêmement peu, environ 2 heures par jour pour les plus riches et 4 heures par jour pour les plus pauvres. Ce sont des vies confortables. La Terre est effectivement assez généreuse pour les nourrir à condition qu'ils soient de faible densité. Mais lorsque l'homme a démarré les premières civilisations agricoles il y a environ 8 000 ans, il a commencé à découvrir ce qu'était la famine.
Passer de l'état sauvage à la domestication est quelque chose de très difficile, car lorsque l'Homme laboure la Terre, il provoque des phénomènes qu'il a du mal à contrôler. Par exemple les phénomènes de l'érosion qui ont très vite entraîné des famines dans le Bassin méditerranéen, les hommes ayant ruiné la Terre. [...]
Du blé à la vigne, de l'abondance au désert...
On connaît bien l'enchaînement des cultures faites par les Romains au fur et à mesure que les sols s'épuisaient. On commence par le blé, puis on passe aux céréales, moins exigeantes, notamment le seigle, puis le sol ne supporte plus les céréales et on passe à la culture des arbres fruitiers comme les amandiers, les oliviers, enfin la vigne. Quand une Terre est cultivée en vigne, c'est que vraiment le sol ne peut plus rien porter...Au XIXème siècle, au moment même où l'Homme trouve un équilibre avec le milieu qui l'entoure, parvenant enfin à se nourrir de cette Terre qu'il cultive lui-même, survient la chimie qui va remplacer la polyculture et l'élevage de Sully, facteurs d'équilibre. Depuis, elle n'a cessé de tuer les sols. Aujourd'hui nous perdons en moyenne 10 tonnes de sol par hectare et par an.
Vous faites le calcul : dans moins de trois siècles, c'est le Sahara partout.
Il faut réagir maintenant
Nul besoin d'être prophète... Tout ce que les écologistes sérieux ont avancé depuis trente ans se vérifie aujourd'hui. Nous jouons à l'heure actuelle l'avenir de notre civilisation. Nous sommes en train de vivre l'Austerlitz de 1'Occident. Que va-t-il se passer si on laisse faire ? L'Occident s'écroulera par manque d'autocritique, faute d'une profonde remise en cause face à ses errements. Si tel est le cas, s'il n'y a pas le sursaut nécessaire, l'Occident mourra comme toutes les civilisations : par destruction des sols. Comme l'Empire Babylonien, l'Empire Romain, comme les Mayas. Pour s'en prémunir, il faut simplement penser à Emmanuel Kant pour qui "une chose est morale quand elle est généralisable à l'ensemble des êtres humains".
Faites les Kant de l'agriculture actuelle
Or, prenons ce qui se passe à l'heure actuelle : les Américains consomment 800 Kg de céréales par personne et par an. Si nous regardons la production actuelle de céréales dans le monde et que nous multiplions ces 800 Kg par 5 milliards et plus d'habitants, nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas nourrir 5 milliards d'habitants ; nous pouvons en nourrir un milliard, ce qui signifie donc qu'il faut laisser mourir de faim sur le modèle américain 4 milliards 600 millions d'habitants, ce qui n'est pas envisageable. Alors si nous prenons un pays qui est plus raisonnable dans son alimentation comme l'Italie - qui consomme 400 Kg de céréales par habitant - nous pouvons nourrir environ près de 3 milliards d'habitants.
Mais si nous regardons ce que nous produisons à l'heure actuelle dans le monde et que nous voulons le diviser par les 6 milliards d'habitants existants, vous vous rendez compte que nous allons vers le système Indien, c'est-à-dire environ 200 Kg de céréales par habitant et par an. Et nous savons comment mangent les Indiens : très peu de viande, à peu près une fois par mois, essentiellement du riz donc une nourriture très frugale.
Sommes-nous, nous Européens, prêts à accepter cette nourriture frugale ? C'est la question que l'on peut se poser, et là, nous serons dans une situation "morale", d'autant que sur le seul plan économique notre agriculture industrielle n'est pas généralisable. Une Preuve ? S'il fallait simplement pour l'azote industriel apporter à l'ensemble des terres cultivées la quantité d'azote que mange la France, la totalité de la flotte mondiale ne suffirait pas à transporter l'azote en question ! C'est impossible...
Donc il faut changer d'agriculture. Car on se garde bien de dire aux français qu'avec notre système alimentaire il faut un hectare de terre cultivée pour manger dans les pays riches. Alors si nous consommons un hectare, c'est qu'il y a des êtres humains qui ne mangent pas. C'est une simple mathématique, mais elle est malheureusement réelle. Pourquoi ? Parce qu'il reste 3 hectares par habitant à l'heure actuelle sur la planète Terre, toutes terres confondues, Sahara, Pôles. Tout. Sur ces trois hectares, on prélève de quoi s'habiller faire notre maison, notre voiture, etc. Et sur ces terres il reste 2600m2 cultivés, pour manger.[...]