On joue au Monopoly ® ? / La crise immobilière pour les Nuls
Parce que je commence à être franchement gavé par les monceaux de c…ies publiées et diffusées chaque jour par les experts-autoproclamés et autres Diafoirus ou Dr Folamour de l'éco et de l'info.
Relisez la presse d'il y a 6 mois seulement… MDR.
Parce qu'aussi, pour l'ironie de l'histoire, le Monopoly a été créé en pleine dépression en 1934 par un chômeur, Charles B. Darrow, futur millionnaire, qui a outrageusement pompé sur "The Landlord's game" (le jeu du propriétaire).
Jeu inventé et breveté en 1904 par une quakeresse Lizzie J. Magie dans un but de pédagogie, et de dénonciation… de la spéculation immobilière !
Elle n'a touché que des queues de cerise sur son jeu.
Authentique.
On y va ?
()
Non l'économie n'est pas un casino.
Au casino :
- tous les joueurs ont la même chance de gagner, le hasard règne en maître,
- des fois tu gagnes, et parfois pas mal,
- la "banque" aussi, simplement plus souvent que toi, c'est comme ça que cela fonctionne.
Désolé pour toi Attac, mais revoie tes cours, sinon j'aime bien ton affiche.
Fin de la ()
Quand j'étais gamin, avec mes cousins ou mes copains, lorsqu'on jouait au Monopoly, entre les tours de jeu, on se la "pétait" avec les billets, on jouait au "riche", on se faisait notre film, quoi !
Vous vous rappelez ?
Un peu comme maintenant entre collègues de bureau en phantasmant sur le pactole de l'Euromillion.
Les billets violets de 10 000 F et les rouges de 50 000 F.
Un bon salaire à l'époque c'était…dix mille francs !
1500 euros…
Pfiou ! Ça calme !
Eh bien, l'immobilier c'est comme le Monopoly® (bon j'arrête le ®, ça lasse), il ne fonctionne qu'à crédit et avec du crédit.
Il n’est dynamique que :
- quand la planche à billet tourne à plein en régime (le crédit de nos jours, pour info, les biftons, c'est moins de 7 % de la masse de fric total),
- quand les banques privées sont hors contrôle (malgré un dispositif règlementaire énorme, quasi kafkaïen, et je sais de quoi je parle),
- quand les banques centrales ont une politique de taux accommodante, voire laxiste pour ne pas dire suicidaire.
Le passage par la case Départ, c'est de la création monétaire pure, la banque injecte dans le système 2 patates par joueur à chaque tour du circuit ce qui amène un gonflement perpétuel de la masse monétaire.
Dans le jeu, elle double au huitième tour (pour rappel, 150 000 F au départ par joueur, j'ai refusé d'acheter la version en €).
Les subprimes et le crédit revolver… on reboucle à présent ?
Au passage, la BCE vient de manger son chapeau et a baissé son taux de 0,75 % hier, qui est dorénavant à 2,5 %, du jamais vu.
Et JC Trichet qui vaticinait sur le péril de l'inflation (par augmentation de la masse monétaire, par les prix, ça, c'est fait) il y a six mois à peine.Après la mécanique infernale, connue de tous à présent, s'enclenche : arrivée massive d'acteurs sur le marché attirés par la "bonne soupe", solvabilisation artificielle des acheteurs par le crédit facile, hausse spéculative, etc…
C'est ainsi que "vous" investissez un max dans la Rue de la Paix ou l'avenue des Champs Élysées, vous imaginant déjà à la tête du futur pactole quand un pigeon joueur va tomber sur la case magique.
Un peu comme les appart' en loi Robien.
Seulement dans le jeu au moins, sachez-le, statistiquement parlant, l'avenue des Champs Élysées est la case la moins fréquentée du jeu.
Achetez plutôt les cases rouges.
Pour les curieux et/ou matheux, tout est ici : http://www.pps.jussieu.fr/~gaucher/monopoly/monopoly.html
On continue.
Amusez vous à faire une partie de Monopoly avec plus que 10 000, puis 5 000 F, puis plus rien du tout lors du passage par la case Départ.
Autrement dit, vous asséchez l'offre de crédit, la banque devient frileuse, c'est ça le "credit crunch", rien d'autre.
Le jeu s'arrête net.
Et dans l'hypothèse où les joueurs ont besoin de cash, la seule alternative qui leur reste est de vendre.
Entre eux ou à la banque.
Et là, simple bon sens de l'auteur, contrariant le mythe ambiant de notre décennie écoulée, désolé, la règle du jeu impose de vendre maisons, hôtels ou gares à moitié prix.
Encore moins cher si on suppose que la banque ne rachète plus rien et que les transactions se font de gré à gré entre joueurs.
On assiste alors à de la destruction de monnaie, car il faut bien comprendre que votre gare achetée 20 000 et revendue 10 000, il y a bien 10 000 qui se sont, comment dire, "envolés".
Patience, "on" va y arriver aussi dans la vraie vie.
Vous commencez à me suivre ?
Éh bien, Nos économies ont fonctionné ainsi.
L'immobilier c'est la méthamphétamine des économies déficientes, l'échappatoire tout trouvé pour les politiques paresseux quand l'outil industriel national a du plomb dans l'aile.
Pourquoi ?
Parce que l'immobilier est "magique" :
- il permet une relance locale ; "quand le bâtiment va, tout va", c’est de plus la période rêvée de l’affairisme, de la corruption et des pigeons (particuliers) plumés. Ex: la Garantie foncière en 1971 (allez voir leur pub, collector !), les scandales immobiliers liés au Crédit Lyonnais dans les années 90.
- il ne craint pas les importations venant des pays pratiquant l'esclavage les bas coûts de production, le plombier polonais relève en la matière de l'anecdote,
- il opère un transfert de richesses intergénérationnel invisible et résout à court terme le financement des retraites (le trentenaire s'endette sur 25 ans pour racheter 5 fois son prix l'appart de 30 ans d'âge à un jeune retraité),
- il crée un effet, psychologique mais bien réel, de "richesse", qui pousse à s'endetter à donf', - "pourquoi s'en faire, ma baraque cote x K€, je revends en 15 jours avec un max de plus value".
Chose intéressante, j'en avais déjà parlé d'ailleurs, Japon et Allemagne, qui ont encore un vrai outil industriel n'ont pas connu de bulle immobilière.
Consultez leurs annonces immo, leurs prix font rêver.
Mais comme la meth', ça ne peut durer indéfiniment pas et les conséquences...
Et que se passe-t-il quand le jeu est fini ?

Vous avez vraiment besoin de la réponse ?
Bande son : Ludwig van Beethoven / Symphonie n° 9 op. 125