Si vis pacem 6 / Terminator est tombé sur Gaza / La GBU 39 SDB
Si vis pacem para bellum
Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre.
Attention !
Images très dures à la fin de cet article.
Désolé, mais la guerre ce n'est pas les Bisounours.
Analyse technique des moyens, avoués ou non, mis en oeuvre lors du conflit de Gaza.
Rien d'inédit, mais très peu relayé dans le mainstream média.
J'ai un peu tardé à publier, mais les recherches ont été plus que longues.
Coïncidence de l'actualité, on parlait ce matin au poste d'un "round" international pour reconstruire Gaza.
Obscène...
Euh, chérie, t'as pensé à acheter un casque lourd pour Kévin ?
Comme tout le monde, j'ai suivi le énième conflit qui a sévi en Israël / Palestine (voilà, comme ça, je ne vexe personne).La seule observation d'ordre général que j'émettrai est que nous assistons là bas à ce qui a débuté depuis 2001 et qui nous attend un peu partout , je veux parler des guerres asymétriques.
Pour compléter votre réflexion dans ce domaine, c'est ici.
Au delà de la binarité manichéiste que nous ont servie les médias, c'est l'utilisation des bombes au phosphore qui a, je pense, le plus retenu l'attention et le plus suscité d'indignation.
Bon, c'est vrai, il y aurait, paraît-il une convention de Genève qui en prohibe l'usage en zone civile.
Zone civile, notez bien, en zone de combat, no problemo, on peut y aller
Ceci étant, sur des constructions en béton, l'effet est mineur si on "ouvre" pas le bâtiment (avec des bombes classiques) au préalable.
Et puis, on ne fait pas exploser de tels engins à 150-200 m d'altitude et en plus sans y adjoindre un carburant bien virulent.
Mais là, je deviens technique.
Sachez simplement à quoi ressemble un vrai bombardement incendiaire.
Ainsi, je l'espère, la prochaine fois, vous serez moins crédules face aux images que vous distille la boîte aux troubadours.
Extrait d'archives de l'US Air Force au Vietnam (les panaches blanc, c'est le phosphore, les boules de feu , le napalm).
J'allais oublier, il y avait du monde, je pense, dans les maisons...
La bande son, qui n'est pas fortuite, c'est "Fortunate son" de CCR, billet en cours sur cette chanson mythique.
A titre perso, je crois que leur rôle a été plus pour :
- terroriser les civils, les forçant à rester chez eux,
- virer au passage les éventuels snipers de tous les toits, le phophore, ça chauffe vers les 1000°C,
- éloigner les journalistes étrangers tentés d'aller se balader dans la zone de front
que de vouloir incendier Gaza comme Tokyo ou Dresde en 1945.
Car si telle fut l'intention de l'IAF, l'armée de l'air israélienne, les bombes auraient pété à plus basse altitude.
Ça donnait ceci :
Et au sol ceci, juste de quoi vous inciter à rentrer chez vous :

En la circonstance, pas d'bol, c'est tombé dans une cour d'école, voyez le panneau de basket, que voulez-vous, shit happens sometimes ...
Il y a eu des victimes, j'ignore combien, mais si vous avez l'esprit macabre, cherchez un peu, vous trouverez des reportages que je n'ai pas eu le coeur à charger ici (pour les curieux, une vidéo insoutenable en ligne chez Alterinfo).
A mes yeux, cela s'incrit dans le stratagème chinois "Faire grand bruit à l'ouest pour attaquer à l'est".
Que s'est-il donc passé à l'est alors ?
J'y arrive bientôt.
Évoquant tout à l'heure le concept de guerre asymétrique, il faut bien intégrer que la majorité des conflits, qu'ils soient de basse ou haute intensité ont ou auront lieu dans des zones urbaines (cf. nos émeutes de novembre 2005).
Si certains se souviennent de Stalingrad, de Berlin ou encore de Beyrouth, cela n'a plus rien à voir avec nos concepts séculaires de champs de bataille (en passant, c'est 25 siècles de stratégie à foutre à la benne).
S'est donc posé le problème suivant à nos stratèges :
"Comment "traiter" de manière définitive un élément hostile qui se mélange à des civils et éviter au maximum les dégâts collatéraux, qui font décidément mauvais genre auprès de nos électeurs ?"
Je ne plaisante même pas.
Souvenez-vous de l'Irak en 1991.
Les frappes "chirurgicales" tenaient souvent de l'équarissage à la tronçonneuse, un missile de croisière Tomahawk, c'est quand même 450 kg d'explosif, ça vous souffle un immeuble complet.
Photo souvenir, selon l'auteur, ce fut un immeuble résidentiel de Bagdad :

Source : studio X
Ou plus connu, toujours causé par un impact de Tomahawk, c'était un abri anti-aérien à l'origine :

Pour reprendre les contraintes du cahier des charges, l'armée voulait un truc :
- ultra précis ==> donc guidé au GPS, je rappelle qu'à l'origine le GPS est militaire, américain, et que la version embarquée dans votre bagnole est 5 à 10 fois moins précise que la "version originale " non bridée,
- pouvant se larguer de suffisamment loin pour éviter que le pilote ne soit abattu, comme pour les bombes guidées par laser ==> solution avec propulseur donc,
- avoir un pouvoir léthal énorme mais très localisé, le concept récent de FLM ou Focused Lethality Munition en VO ==> le DIME Dense Inert Metal Explosive, j'y viens après.
Pour faire court, en 2005, la firme Boeing a mis au point une mini-bombe guidée par GPS.
Je vous présente donc la GBU 39 SDB ou Guided Bomb Unit modèle 39 Small-Diameter Bomb,- petit diamètre car 8 fois plus petite que son aînée des années 90.
L'engin pèse 115 kg, est larguable à plus de 100 km de l'objectif, car autoportée par ses ailes déployables, propulsée par un booster et guidée GPS.
Le fameux concept "Fire and forget", "Tu tires et t’oublies", surtout là bas, sachant que la "Gaza strip" ne dépasse pas les 10 km en largeur.
Un must have pas trop cher à 70 000 $ pièce.

Sa tête en acier durci (et non pas en uranium appauvri comme j'ai pu le lire) perce allègrement 2 m de béton.
Pour les curieux, allez compléter vos infos sur la page wiki en anglais qui est assez complète avec de bons liens (mes sources de départ).
NB : pas de snobisme de ma part, mais en l'espèce, Wiki ne fournit qu'une version française minimaliste à ce sujet.
Les effets ?
Réponse en images ( touchez à rien y'a pas de son) :
J'en reste encore impressionné.
Notez la déformation de l'air autour de la cible après impact, c'est ça l'effet de blast.
Jusque là, rien que de très classique pour une bombe nouvelle génération.
C'est vrai, bien vu.
Fin de la première partie.
Le DIME maintenant.
Fiche de vulgarisation en français ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dense_Inert_Metal_Explosive
Complet et technique en amerloque here : http://www.globalsecurity.org/military/systems/munitions/dime.htm
Jusqu'à présent, depuis que l'on mis au point des projectiles explosifs (avant c'était pierre ou boulets en fonte) vers le XVIII ème, le principe était toujours de faire éclater l'enveloppe métallique de l'engin afin de projeter, loin, très loin, les éclats alentours.
Rustique et efficace, mais très dangereux, mortel en fait, à des dizaines de mètres à la ronde.
Nos Dr Folamour ont fini par trouver la solution : la charge explosive à métal lourd inerte ou DIME.
Cékoissetruc ?
Dans cette charge explosive, l’enveloppe, au lieu d’être en métal est en matériau composite, genre fibre de carbone.
Cette composition, jointe à une ogive en alliage durci, lui permet, comme je l'ai dit, de perforer du béton armé, sans se déformer, avant d’exploser.
Lors de la détonation, le" blast", la fibre de carbone absorbe peu d’énergie, et ne projette donc pas d’éclats.
En revanche, l'ogive, remplie d’un mélange homogène d’explosif brisant, et de nano-particules en alliage métallique pour l'essentiel du tungstène, la détonation de l’ensemble donne un effet de souffle surpuissant, mais d'une portée réduite à moins de 10m.
Pour l'annecdote, il faut savoir que lors des essais en labo, les manomètres utilisés pour mesurer la surpression n’ont pas résisté.
Inédit en la matière...
Avec une telle puissance d'éjection, les nano-particules de tungstène en fusion forment autant de micro-shrapnels, propulsés à une vitesse inouïe comme autant de micro scalpels aiguisés.
Les premiers essais auraient eu lieu durant l'été 2006 sur Gaza, par largage au moyen de drones.
Si certains se souviennent des attaques ciblées d'Israël contre les dirigeants du Hamas par tir de roquettes téléguidées sur leur véhicule.
Je me demandais toujours comment cela pouvait se faire, on a la réponse je crois.
Juste pour vous fixer les esprits, voici ce que ça donne, je n'ai pas la source, mais cela me semble plausible :

Les âmes sensibles s'arrêtent ici.
Les effets ?
Vous avez vu la vidéo juste au-dessus, c'était avec une ogive conventionnelle et que sur du matériel.
Ce qui est une utilisation secondaire de la GBU 39.
Sa vocation primaire étant, je le rappelle, anti-personnel, oh, le gros mot !
Eh bien, durant le conflit, des médecins norvégiens, sans qu'apparemment les autorités d'Israël en soient informées, étaient sur site et témoignent comme en 2006 de blessures stupéfiantes et inédites.
Résultat ? Attention on s'accroche :

Ce cliché provient d'un article de Rainews, où il y en a de pires encore (le site info de la chaîne nationale de TV italienne) qui évoquait déjà en 2006 les dégâts provoqués par cette nouvelle arme.
Info reprise par le quotidien israëlien Haaretz qui a eu le courage d'évoquer ces faits en 2006, l'article, en anglais , est ici : http://www.haaretz.com/hasen/spages/772894.html
Un très bon reportage de la RAI est aussi disponible ici : http://www.rainews24.rai.it/ran24/inchieste/video/10102006_gaza.wmv (en italien, mais les intervenants parlant anglais,on peut suivre facilement par dessus la voix off et puis l'italien, à comprendre...).
À croire que les médias italiens d'état sont plus indépendants sous Berlusconi que les nôtres...
Tu le crois ça ?
Last but not least, à l'instar des munitions à billes en nylon utilisés durant la guerre du Vietnam, les microparticules de métal présentes dans les blessures sont quasi indécelables aux rayons X.
Une dernière chose pour finir, selon diverse études, les charges DIME, qui je le rappelle, sont au départ conçues pour limiter les dégâts collatéraux ont juste un petit défaut : les blessés qui en réchappent développeraient à court terme des cancers musculaires.
Résumé adapté-traduit d'un article de 2005 du magazine New scientist, article sorti un an avant les premiers essais des ogives DIME :
"Après des années de controverse sur les effets à long terme pour la santé et l'environnement de l'utilisation des armes à l'uranium appauvri, l'armée américaine songe à remplacer l'uranium appauvri par un alliage en tungstène.
Le hic, c'est que le remède serait pire que le mal.
D'après une étude visant à simuler les effets des blessures en alliage de tungstène, des billes de cet alliage ont été implantées dans 92 rats.
Dans les 5 mois qui suivirent, tous dévelopèrent un cancer rare, le rhabdomyosarcome [...]"
L'étude complète, en anglais, publiée dans le Environmental Health Perspectives, est ici :
http://www.afrri.usuhs.mil/www/outreach/pdf/tungsten_cancer.pdf
Comme disait Ph. Meyer à la fin de sa chronique sur Inter, le progrès fait rage.
Bande son : J. S. Bach - Variations Golberg
Un peu de beauté dans ce monde de cinglés.
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