Shakespeare 1 / Management & motivation
Je voue une véritable admiration pour Shakespeare, et au risque de faire hurler le gaulois qui est en vous, je le place devant tous, Molière, Racine & Rostand compris, dussiez-vous me faire la gueule à tout jamais !J'ai découvert ce génie à l'occasion d'un abonnement théatre que j'avais souscrit un peu sous la "contrainte" de ma prof de français en seconde.
C'était en...1979 ! Et j'ai vu Jules César... Coupe-souffle !
Elle s'appelait Marie Tsiomis, je ne l'ai jamais oubliée, grâce lui en soit rendue ici.
Le grand William, qui reviendra souvent sur le blog, a su aborder tous les genres, du drame le plus sanglant comme Macbeth, à la comédie la plus enlevée commme la Mégère apprivoisée.
Il n'a jamais été prisonnier du carcan des "3 unités" et cela rend la "chose" moins compassée, plus vivante et crédible.
Mais la puissance de l'oeuvre est dans son analyse de l'âme humaine qui y est magistrale.
Nombre de psys "bobos" de centre-ville devraient le relire à l'occase...
Des exemples ?
La loyauté filiale et l'aveuglement parental ? Le Roi Lear (excellente adaptation japonaise avec le film "Ran" d'Akiro Kurosawa)
L'amour absolu ? je vous laisse répondre, ça commence par un R...
La jalousie ? Othello.
L'hypocrisie du pouvoir ? Mesure pour mesure.
La rivalité fraternelle ? Comme il vous plaira.
J'arrête là, j'ai l'intégrale de chez la Pléiade, cadeau de roi de ma tendre épouse.
Sachez aussi, que le personnage laisse une aura de mystère, comment ce "provincial" a pu produire une telle oeuvre, très peu de traces matérielles, des "blancs" dans sa vie, on lui prête diverses identités et même sa pierre tombale interroge, mais tout ceci est une autre histoire...
Pour une fois, cherchez tout seul !
Notons enfin que la modernité et la vigueur de son écriture garantit toujours le succès de ses pièces qu'elles soient jouées à "l'Elisabéthaine" ou en "jean-baskets".
N'essaye même pas avec Andromaque ou l'Aiglon...
Ce soir, un bref aperçu de la puissance du bonhomme.
La lecture vous expliquera, je pense, le titre du billet.
Une dernière chose, cette tirade, un grand classique chez les anglo-saxons, est reprise dans une comédie américaine "Opération Shakespeare" (Renaissance man en VO), où Dany de Vito excelle dans le rôle d'un publicitaire au chômage recyclé en prof pour une bande de GI's attardés. Une comédie facile, mais qui vous émouvra.
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Henry V est à Azincourt , en octobre 1415, avec six fois moins d'hommes que les français.
On connaît la suite, grosse correction subie par la France, qui y perdra à jamais toute sa chevalerie.
Ses lieutenants, très pessimistes sur l'issue de la bataille, se lamentent de l'absence des renforts attendus d'Angleterre.
[…] Non mon beau cousin : si nous sommes marqués pour mourir, nous sommes assez pour le désastre de notre patrie; et si nous survivons, moins nous serons, plus grande sera la part d'honneur.
Vive Dieu ! je t'en prie, ne souhaite pas un homme de plus.
Par Jupiter ! je n'ai pas la cupidité de l'or, et peu importe qu'on vive à mes frais; je ne suis pas désolé que d'autres usent mes habits; ces choses extérieures ne comptent guère dans mes désirs; mais si c'est un péché de convoiter l'honneur, je suis le plus coupable des vivants.
Non, ma foi, mon petit cousin, ne souhaite pas un anglais de plus.
Jour de Dieu ! Je ne voudrais pas perdre d'un si grand honneur ce qu'il en faudrait partager avec un homme de plus; non, pour les plus belles promesses de l'avenir !
Oh ! n'en souhaite pas un de plus, Westmoreland.
Fais plutôt proclamer dans nos rangs que celui qui n'est pas en appétit de combattre peut partir !
Il lui sera délivré un passeport, et remis de l'argent pour le voyage.
Nous ne voudrions pas mourir en compagnie d'un homme qui a peur d'être notre camarade de mort.
Ce jour est appelé la fête de la saint Crépin : celui qui aura survécu à cette journée et sera rentré chez lui sain et sauf se redressera sur ses talons chaque fois qu'on parlera de ce jour, et se grandira au seul nom de saint Crépin.
Celui qui aura vu cette journée et atteint un grand âge, chaque année, à la veille de cette fête, traitera ses amis et dira : "C'est demain la Saint-Crépin !"
Alors, il retroussera sa manche, montrera ses cicatrices et dira :"J'ai gagné ces blessures le jour de saint Crépin !"
Le vieillard oublie; mais il aura tout oublié qu'il se rappellera encore avec emphase ses exploits dans cette journée.
Alors nos noms familiers à toutes les bouches comme des mots de ménage, le roi Henry, Bedford, Exeter, Warwick, Talbot, Salisbury et Gloucester, retentiront fraîchement au choc des coupes écumantes.
Le bonhomme apprendra cette histoire à son fils.
Et la Saint-Crépin ne reviendra jamais, d'aujourd'hui à la fin du monde, sans qu'on se souvienne de nous, de notre petite bande, de notre heureuse petite bande de frères !
Car celui qui aujourd'hui versera son sang avec moi sera mon frère; si vile que soit sa condition, ce jour l'anoblira.
Et les gentilshommes aujourd'hui dans leur lit en Angleterre regarderont comme une malédiction de ne pas s'être trouvés ici, et feront bon marché de leur noblesse, quand ils entendront parler l'un de ceux qui auront combattu avec nous au jour de la Saint-Crépin !
Henry V-Acte IV-scène 3
Bande son : Eurythmics / Best of