Les portes d'Hadès (2) / Les feux de mines chinois
Suite de l'article précédent sur la thématique de "Quand les grands jouent aux allumettes"...
Finira mal un jour, moi je vous'l dis.
Médaille d'or et record mondial (haut la main et sans EPO) : Chine
Un barbecue géant à l'échelle continentale.
Les feignasses ou les pressés pourront se faire une idée de la chose en allant directement regarder la vidéo en fin de billet (c'est un reportage d'Arte de 2007,pas trouvé mieux ou plus récent).

Ce qui existe à Centralia, eh bien nos amis chinois ont fait tout pareil, mais en… version maousse costo !
Qu'on en juge.

Feu de charbon en surface (photo A. Prakash)
Notez la taille du mec au milieu
Pour commencer, quelques chiffres proprement inouïs.
Les incendies de mines en Chine s'étendent par centaines tout le long de la zone des gisements de charbon, la "coal mining belt", soit une bande longeant le sud de la Mongolie, longue de 5000 km sur 750 km de large, en gros six fois la France.
Les incendies, tous regroupés, s'étaleraient sur une surface de 700 Km².
En voici une carte :
Répartition des feux de mine et de terrils
On estime qu'au moins 100, 200 en estimation haute, millions de tonnes de charbon brûlent en pure perte tous les ans, Cela fait cinq fois la consommation automobile de notre pays.
Toujours selon les estimations disponibles, cela représenterait environ 2 % des émissions mondiales de GES.
( )
L'essentiel des ressources proviennent du site de l'ITC, l'Institut International des sciences de la Terre sis aux Pays bas, l'équivalent de notre Institut de Physique du Globe, des pages perso d'une ingénieure Anupma Prakash travaillant à l'Institut de géophysique d'Alaska, spécialiste mondiale de ce fléau et d'un très bon article émanant de la revue du Smithsonian.
Navré les gaulois, all in english.
Apparemment en France, nos ayatollahs de la chlorophylle, politiques ou médiatiques, ont l'air de l'ignorer ou de s'en f… totalement.
Rien trouvé de sérieux dans nos ressources nationales officielles, la blogosphère,elle, commence à frémir.
A croire que, l’expiation / mortification écologique, fut-elle symbolique, voire carrément grotesque, genre éteindre ses loupiotes 1 h par an, payer une vignette "carbone" ou rouler en Vélib' est préférable à une démarche efficace et pragmatique, en finançant l'extinction de ces feux, par exemple ...
Fin de ( )
Causes
D'origine naturelle au départ pour l'essentiel (foudre, feux de forêts, combustion spontanée*), comme la Burning Mountain australienne qui crame gentiment depuis 60 siècles, nombre de ces foyers empirent cependant de par l'activité humaine, qui à défaut de les provoquer les entretient en amenant de l'air dans les veines de charbon par le creusement des galeries.
Mineur chinois, le job le plus pourri et dangereux au monde (sans humour aucun).
Quand on sait que dans la région, le "sport" local ( plus de 3 000 morts par an tout de même) est l'exploitation familiale et clandestine du charbon revendu ensuite au marché noir (je sais, facile), le phénomène ne fait que s'amplifier, entretenu par ces milliers d'ouvertures dans un sol qui devient ainsi de plus en plus poreux à l'air.
Destruction d'une mine illégale dans la région du Fangshan par la police chinoise (photo Daylife.com)
Conséquences
Outre un énorme gâchis de ressources, pour un pays qui en a un réel besoin, et un désastre écologique inédit par son ampleur et sa durée, les conséquences sanitaires sont calamiteuses.
Les gens de la région vivent dans une brume permanente de suie, d'oxyde de carbone, de soufre, le tout aromatisé aux métaux lourds.
Pas trouvé de statisitiques locales, mais au point de vue national (source américaine) : les chinois atteints de pathologies respiratoires liées à l'utilisation du charbon se comptent en millions (20) et les morts en résultant, en centaines de mille (300).
Un Centralia à l'échelle continentale...
Beijing (Pékin) - Place Tienanmen sous le smog.
La lutte tarde
Les communistes d'antan s'en tamponnant le coquillard dans les grandes largeurs, ce n'est qu'au début des années 90 que les autorités chinoises ont commencé à se saisir du problème.
Associées avec des sommités scientifiques internationales, en particulier germaniques (un bon site ici relatant les actions de terrain : http://www.coalfire.caf.dlr.de/intro_en.html ) elles tentent, déjà pour commencer, de dresser une cartographie du désastre.
En vue satellitaire retravaillée cela donne ceci (oui, quand c'est rouge, c'est que c'est chaud ;-) ) :
L'extinction des feux relève quant à elle des 13ème, 14ème et même 15ème futurs travaux réunis d'Hercule, parce que les 12 premiers, en comparaison, ça pas été trop dur pour lui.
Côté financement, rien de concret excepté une velléité de la Banque Mondiale il y a plus de dix ans non renouvellé depuis.
Pas un jugement, mais quand je pense aux milliards, et c'est tant mieux, que touchent les communes touchées par une marée noire (50-100.000 tonnes de brut maximum), on a du mal à comprendre…
Ces derniers mois, avec le marasme que connaît notre "économie-monde", inutile de dire que le problème est remisé loin derrière celui des millions d'ouvriers qui ne sont plus payés (chercher "fermetures d'usines" + Chine, vous verrez…).
Des moyens lourds et couteux
À supposer que le fric, et il en faudra une montagne, soit dispo, les moyens à mettre en œuvre sont énormes.
Car une veine de charbon, c'est un peu comme votre barbecue : pour prendre, c'est une vraie galère (perso, j'utilise des briquettes ou du charbon qualité "restauration" + 2 cubes Zip et là, c'est inratable), mais une fois parti, tout sera consumé dans une chaleur d'enfer.
Amusez-vous à jeter deux-trois litres d'eau sur les braises… Effet nul hormis un nuage brûlant de vapeur qui vous saute à la face.
Mêmes causes, mêmes effets.
Pour autant que je sache, à ce jour, seul quelques feux majeurs ont pu être neutralisés.
Le dernier en date, c'était fin 2007, les pompiers chinois mirent 3 ans pour en venir à bout avec de l'eau et de la boue.
Le feu aurait détruit douze millions de tonnes de charbon durant ses 50 ans de combustion.
Douze millions de tonnes, soit douze milliards de kilos...
Et on te culpabilise avec ta caisse qui rejette 140g de CO2, soit 38 g de carbone au kilomètre.
Un bon article du Times ici : http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/asia/article2917579.ece
En pratique, il faut d'abord tirer une cartographie du gisement touché, par repérages sismiques (cf. le reportage ci-dessous) ; puis comme déjà évoqué, balancer dans les fissures des gigatonnes de flotte et de boue.
Les chinois en sont arrivés à envisager de détourner des fleuves pour tenter d'éteindre ces feux consumants.
À titre de mesure conservatoire, quand cela est possible, on peut aussi étaler/déplacer les terrils ou les veines à ciel ouvert pour qu'ils se refroidissent, des montagnes entières de charbon sont ainsi déplacées (voir là encore la vidéo).
Voici pour l'essentiel.
Comme moi, vous ne regarderez plus jamais votre barbecue comme avant.
* juste pour info, sachez que nos terrils ch'tis ou stéphanois finissaient par dégager après oxydation naturelle ou auto combustion des températures de près de 1900 °C en leur centre.
Raison pour laquelle, on les arrosait régulièrement et que les espèces végétales y poussant dessus n'ont rien à voir avec celles environnantes.
Dans l'absolu, en son temps, on aurait pu faire pousser des bananes sur les terrils de Lens.
Aujourd'hui, tous nos terrils sont éteints sauf celui de La Ricamarie, dans la Loire, qui fume encore alors que la mine a fermé en ... 1973 !
Le reportage d'Arte de 2007.
Bande son : Michel Magne – Mélodie en sous-sol.
Pour l'association d'idée qui m'est venue et en hommage au très grand musicien disparu il y a 25 ans.