Si vis pacem...2 / Guerre et perception de la guerre

Publié le par Fab

Si vis pacem para bellum
Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre.
Cette réflexion m'est  venue en lisant l'article suivant :

http://www.opinion.co.uk/Newsroom_details.aspx?NewsId=78

A défaut de lire les articles en lien voyez au moins les vidéos.

C'est en anglais, pour faire court, il y aurait eu un million de victimes irakiennes depuis le début du conflit.

J'ai trouvé une traduction commentée sur un site "connoté" ultra gauche, mais bon, faute d'une pleine page dans la presse hebdo, on fait avec ce qu'on a.

C'est ici : http://www.wsws.org/francais/News/2008/fev08/irak-f02.shtml

Un million de victimes... dans le top 20 depuis 1950 ! Pas même cité dans le présent tableau (cliquez à gauche sur 1950).

Même si, par prudence on divise par deux...

Attention, je n'impute pas ces morts aux militaires américains, l'article le précise (énormément d'attentats).


Tout ça pour en venir où ?

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Ben voilà, j'avais neuf ans à l'époque et on voyait ce qu'il y au-dessus au 20h00, je me souviens encore des hurlements des gosses derrière la voix off du commentateur.

Le film est ici, attention c'est du "lourd" : http://fr.youtube.com/watch?v=Ev2dEqrN4i0&feature=related

La petite fille nue, -elle avait arraché ses vêtements en flammes-, Kim Phuc, va bien, elle a mon âge d'ailleurs, elle est Ambassadrice de bonne volonté auprès de l'ONU.

Au passage, remarquez les photographes en arrière-plan...

C'est l'un d'entre eux qui va la sauver.

J'ai été "nourri" à la guerre du Vietnam, en plus, Grand-père qui m'élevait avait "fait" l'Indo.

B52, M16 ou napalm me parlaient plus que Voltaire ou Mozart....

Mais même avec mes yeux de gosse, je comprenais qu'il y avait une p...! de grosse guerre avec plein de morts quelque part.

Que s'est-il passé pour que maintenant, en Irak, plus rien !

Petit retour en arrière.

Guerre de 14 : à "l'arrière", la presse procède au "bourrage de crâne" en continu (l'expression vient de là) et les civils ne veulent pas croire ce que racontent les permissionnaires. Trop énorme, horrible,  impensable... Déni de la réalité, impuissance de la simple parole.

Aurions-nous tenu 4 ans s'il y avait eu la télé ?

La censure, Anastasie, veillait elle aussi et la collecte d'info était "hard", va donc faire un reportage à Verdun en première ligne et revenir avec ton papier... vivant !

Les auteurs, Genevoix, Remarque, Barbusse écriront et seront diffusés mais que bien plus tard.

A partir de la Guerre d'Espagne, les choses changent, le cinéma diffuse des actualités, le matériel est compact, transportable, les journalistes de guerre ont un statut et on voit tout.

Même mélée à de la propagande, les images passent.

On ne pouvait pas ne pas savoir...

Cette tendance, se confirme en 39-45 et malgré les filtres de la censure, Helmut, Marcel, John ou Toshiro savaient que ça "fritait" dur aux frontières, quand bien même ils n'étaient pas au front.

Le fait d'accepter des journalistes avec les unités a perduré tout au long des conflits suivants.

Même en Algérie, on "voyait" des choses, les plus anciens qui me lisent  doivent se souvenir des actualités Pathé ou Gaumont traitant des "évènements" comme on disait à l'époque.

Et puis il y a eu le Vietnam...

Je n'ai plus en tête les noms des grands reporters, paix sur eux, beaucoup sont morts là bas, mais pour avoir lu un peu là-dessus, les mecs embarquaient à la minute dans le Huey de leur choix avec les GI's, filmaient, prenaient leurs photos, rentraient à Saïgon et envoyaient le tout à leurs agences de presse dans les 24h.

On voyait même des images des deux bords.

Aucun filtre, tout circulait, paradoxalement on en savait presque plus que les boys mobilisés au front :

- éxécution en pleine rue au revolver d'un suspect par le chef de la police de Saïgon (je vous laisse chercher la photo, je l'ai, mais pas montrable),

- massacre de My Lai (âme sensible, ne clique pas sur le lien),

- déclaration d'un officier US : We Had To Destroy Ben Tre In Order To Save It”, (Nous avons du détruire la ville de Ben Tré afin de la sauver),

- l'image ci-dessus enfin.

Je cite tout de mémoire.

La suite on la connaît.

Gros mouvements de protestations, manifs et "sit-in" à Washington, "make love not war", Joan Baez, c'est bien montré dans Forrest Gump quand il revient du Vietnam.

La guerre est définitivement perdue dans l'opinion américaine.

Gros traumatisme aux States, plein de bons films au passage, et Oncle Sam en veilleuse jusqu'en 1990.

De Churchill, je crois : "Les americains essayent toutes les méthodes avant de finir par trouver la bonne".

Quand Saddam envoie ses chars au Koweit,  la bonne est au point.

Les concepts :

- la haute technologie doit limiter au maximum les pertes, le mythe du "zéro mort" est lancé,

- la puissance aérienne peut emporter la décision, seule la guerre de manoeuvre compte,

- la distanciation doit être la plus grande possible entre l'auteur d'une action et son résultat.

- diabolisation de l'adversaire, ça c'est pas récent, mais surtout, une maîtrise complète de l'information.

Résultat :

La guerre du Golfe nous a été vendue comme une bagnole, souvenez-vous de l'épisode des couveuses, et au final, présentée comme un aimable jeu vidéo.

Vous vous rappelez des "frappes chirurgicales", des plans séquences sans fin sur le désert vide avec les commentaires de G.Durand sur la défunte "La 5", des points presse du Général Schwarzkopff , des Scuds vs Patriots?

Et les journalistes dans tout ça ?

Ben, ils sont restés gentiment à l'arrière.

J'ai cherché, longtemps, des vidéos de l'époque, que dalle !

On ne voit aucune victime irakienne, les puits de pétrole en flammes, ça oui.

J'ai fait en 92-93,  une période de réserve à l'Armée, les sous-off' que j'ai croisé, pour en avoir discuté avec eux,  m'ont montré leurs "photos souvenirs", intenable.
Et encore, ils n'ont jamais été en "contact direct ", si je puis dire, ils ont simplement vu la réalité ...
140.000 morts, dur à cacher en 48 h.

Les consciences vont s'ouvrir et on finira par comprendre que cette guerre  fut  une  "Grande manip"

Je vous invite à découvrir ou revoir "Des hommes d'influence" avec Dustin Hoffman et Robert de Niro, il date de 1997, sorti un mois avant le scandale Clinton-Lewinsky. Pas une ride, drôle et inquiétant aussi.

Avril 2003, Bush fils veut dépasser le père, comme Icare avec Dédale, les boys retournent en Irak.

Entretemps, les fameux "spin doctors" ont définitivement pris le pouvoir, si tenté qu'ils l'aient perdu un jour.

Changement de stratégie, l'approche va se faire à l'asiate : "Vaincs ton ennemi, il restera ton ennemi. Convaincs ton ennemi, il deviendra ton ami" Morihei Ueshiba (fondateur de l'Aïkido).

En clair, des journalistes, pour le coup, il va en y avoir, mais "embedded" comme on dit *

Embedded : stricto sensus, enchâssé. Ici, comprendre, partager la vie des soldats, non pas 1-2 jours, mais des semaines durant. Intégré, quoi.

Résultat : le journaliste "embedded" va développer une empathie profonde, voire une franche sympathie avec les soldats dont il partage le quotidien.
Va relater honnêtement, même pas dénoncer, les actions de mecs qui t'ont sauvé la vie, dont tu connais tout d'eux,  avec qui t'as ramassé des rafales au coin de la rue, bu des bières et parlé gonzesses, et enfin vu certains d'entre eux mourir sous tes yeux.

Plus besoin de censure, l'info se contrôle toute seule, la "réalité" ne se construit plus qu'en fonction d'un seul point de vue, en douceur.

Et puis, banalisation du sujet aidant, lassitude du public, le sujet quitte la une des médias.

Je n'ai pas souvenance d'un reportage "côté" irakien, même avec de simples civils, depuis près de deux ans.

Inutile ce sont tous des "terroristes" qui nous tirent dessus,  même nous, les journalistes.

Je me souviens même plus de quand date le dernier vrai reportage (plus de 45 sec SVP) sur l'Irak au poste.

Cette guerre a proprement "disparu" du champ de notre réalité.

Cette guerre a....

Quelle guerre ?

*je voudrai saluer au passage l'excellent ouvrage de Paul Moreira "Les nouvelles censures -  Dans les coulisses de la manipulation" dont  j'ai essayé ici de résumer bien pauvrement le chapitre  dédié à la couverture du conflit irakien.
Allez, prochain billet plus "léger", on fera Pétrole ou crise financière.

Bande son : Jean Leloup / 1990   Charles Aznavour / Best of






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Publié dans Manipulation - Psyops

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Jean-Pierre Siméon à propos de Stabat mater furiosaJe rêve d’un texte qui règle son compte (non pas définitivement puisqu’on n’en finit jamais, du moins, radicalement) à l’homme de guerre, cet éternel masculin. Parole d’une femme, libérée autant qu’il se peut du dolorisme que lui assignent des conventions millénaires, paroles dressées en invective brutale et sans rémission face à la merde (il faut ici un mot net et absolu) du meurtre perpétuel. Stabat mater furiosa donc, et non point dolorosa… Je rêve d’une parole dont on ne se remet pas, non en raison de sa violence mais parce qu’elle porte en elle une évidence sans réplique.Jean-Pierre SiméonPOINT DE DEPARTVoilà plusieurs années que je cherchais une parole de femme sur la guerre, une parole qui dépasse l’anecdote, qui dépasse les frontières, les races et les époques. Ce texte, je l’ai trouvé : Stabat mater furiosa. Ecrit par un homme, pour une femme. Dans un livre, ce sont généralement les premières phrases qui sont déterminantes pour moi. Elles me prennent par le col ou me laissent passer. Dans Stabat mater furiosa, elles ne m’ont plus lâchée, j’ai lu d’un trait.Stabat mater furiosa, c’est…Un long cri, un poème, une libération, une ultime parole, une nécessité pour pouvoir continuer de marcher.Un cri… Le cri.Le cri sans pleurs de toutes les femmes qui ont trop pleuré.Le cri de fureur de celles qui ont vu, ont tout perdu, survécu,celles qui ont dû se cacher, ramper, émigrer,celles qu’on a violées, vitriolées, celles qu’on a rasées, assassinées, torturées, gazées, celles qui ont résisté, qui ont parlé,celles qui se sont levées, ont levé le voile ou mis les voiles…Le cri de celles qui ont crié pour ne pas étouffer. Un furieux cri d’amour, une prière, qui s’élève dans toute sa détermination devant la machine de guerre, devant le guerrier, devant la bestialité de l’homme de guerre qu’il faut arrêter avant que tout explose de nouveau.Mais ici, pas de hurlement, juste une détermination.Un souffle.Une musique qui empoigne et ne lâche plus, qui regarde droit dans les yeux.Cette femme, c’est la mémoire, c’est la gardienne des souvenirs qui ne peut ni ne veut comprendre.C’est la vie face à la mort ou peut-être bien la mort, elle-même, en appelant à la vie ? __ '' Texte essentiel aujourd’hui où, là-bas, la guerre ravage, brûle, dévaste, mais aussi tue par sa froideur, à nos portes. Monter ce texte pour donner encore et encore envie de se lever !'' __Anne Conti
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