Le bus de 23h00 / Le Vietnam / Le piège abscons / La psychanalyse

Publié le par Fab

Petite pause blogesque liée au travail dans le choix des sujets, la documentation, les recherches et accessoirement le visionnage de films coréens en souffrance.
Merci M... je me suis vraiment régalé et je te le confirme,
Song Kang-ho est vraiment un sacré acteur. Fin de la ( )

J'ai déjà abordé le sujet de la manipulation, mais cette fois-ci, focus sur une des plus insidieuses, car orchestrée par nous-mêmes, seul ou en groupe.

Ce qui suit est tiré de l'ouvrage déjà
cité ici et d'un des premiers abordant le sujet, écrit par des français, Joule & Beauvois "Petit traité de manipulation à l'usage des honnêts gens"

 

-1) Le bus de 23h00

Sortie sympa avec les potes (ou copines), vous savez que le dernier bus pour chez vous part à 23h00, vous êtes à l'arrêt du bus à 22h55.

Il est 23h05, un taxi vide passe, vous ne levez même pas la main, le bus ne saurait tarder, n'est-ce pas ?

23h15, les premières gouttes de pluie tombent, éclairées par les phares d'un deuxième taxi.
Ce p... de bus doit encore être bloqué place Félix P... à cause des gens sortant des cinémas.

23h45,  vous rentrez à pied chez vous, le dos courbé, les cheveux trempés et le visage tout dégoulinant.


OK, tout seul, des fois on fait des c... ,  mais dans une entreprise, un gouvernement....
Tout de suite la suite.

-2) Extrait du Memorandum de George Ball* "Une solution de compromis au sud Vietnam" à l'attention du Président Lyndon Jonhson, juillet 1965

La VO :

[...] " The decision you face now, therefore, is crucial. Once large numbers of U.S. troops are committed to direct combat, they will begin to take heavy casualties in a war they are ill-equipped to fight in a non-cooperative if not downright hostile countryside.

Once we suffer large casualties, we will have started a well-nigh irreversible process. Our involvement will be so great that we cannot-without national humiliation-stop short of achieving our complete objectives. On the two possibilities I think humiliation would be more likely than the achievement of our objectives-even after we have paid terrible costs."[...]

La VF :
"La décision à laquelle vous êtes confronté est de fait cruciale. Dès qu'un grand nombre de troupes US auront été engagées dans des combats directs, elles commenceront à enregistrer de lourdes pertes dans une guerre pour laquelle elles sont inadéquatement équipées pour se battre, et dans un pays inhospitalier pour ne pas dire résolument hostile.

Une fois que nous aurons subi de grosses pertes, nous serons entrés dans un processus quasi-irréversible.
Notre implication sera telle, que nous ne pourrons plus, - sauf à accepter une humiliation nationale-  arrêter avant d'avoir réalisé nos objectifs.
De ces deux possibilités, je pense que l'humiliation devrait être plus probale que l'atteinte de nos objectifs, même après avoir payé un énorme tribut"

Rédigé en 1965...Pfiou ! Ça calme ! Eh, George Deubeuliou, ils lisent quoi tes collaborateurs ?

*Sous-Secrétaire d'Etat dans les administrations Kenndy et Jonhson.
Pour rappel, le véritable engagement des US au Vietnam datait de mars 65, les ricains se sont barrés finalement en catastrophe en 1975 laissant 58 000 boys au tapis...


-3) Le piège abscons


Les deux exemples qui précèdent en sont l'illustration.

Ce que disent les auteurs est assez simple, mais le constat est terrible :
les gens agissent non pas en fonction de leurs convictions, mais en fonction de leurs actions précédemment réalisées.

Ils auront ainsi tendance à s'accrocher à une décision initiale même lorque cette dernière est clairement remise en question par les faits ou devient  d'un coût prohibitif afin de maintenir le caractère "rationnel" de la première décision.

Ce phénomène peut-aller très loin.

Ainsi, après avoir accepté la pose d'une petite pancarte (20 cm²) sur la sécurité au volant, 76 % des gens acceptèrent la pose d'un panneau 4x3 sur leur pelouse, contre 83 % de refus sans demande préalable de pose de la pancarte (expérience de Freedman & Fraser, Californie).

Un bon piège abscons pourrait se définir ainsi :

 - l'individu a décidé de s'engager dans un processus de dépense (temps, argent, énergie) pour atteindre un but donné,

- qu'il en ait conscience ou non, l'individu n'a aucune certitude d'atteindre son but,

- la situation est telle que l'individu paut avoir l'impressions que chaque dépense supplémentaire le rapproche davantage du but,

- le processus peut se poursuivre tant que l'individu ne décide d'interrompre activement ce dernier,

- l'individu n'a pas fixé au départ de limite claire à ses engagements ou dépenses.

Pourtant, notre société a de l'admiration pour ceux qui s'obstinent, les ceux qui "Quand je commence quelque chose, je vais jusqu'au bout".

OK, d'accord, c'est ce qu'on appelle la cohérence, la persévérance, la constance, ça rassure, "on" aime bien les politiques tenant un tel discours, "Je reste droit dans mes bottes" ;-)

Toutefois, à bien y réléchir... 

-4) Et la psychanalyse là dedans ?


Eh bien, si je décide d'entreprendre une cure analytique, je sais que ça peut être long et cher, je n'ai aucune idée de quand je serai "guéri", d'ailleurs mon analyste me dit que ce but est peut être un fantasme, la guérison étant un "surcroît" (Lacan).
La cure peut donc durer indéfiniment, sauf si je décide d'arrêter de raconter mes rêves et des insanités sur ma mère dans un divan et enfin je n'ai fixé aucune limite préalable en temps et en volume de "transfert" de mon beau pognon de mes poches vers celles de l'analyste.

No comment ! Sacré Sigmund !


Pour finir, laissons Alain Bashung conclure : "Ça fait frémir, faut savoir dire stop !" (Gaby, Oh Gaby !)
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Publié dans Manipulation - Psyops

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