Si vis pacem...3 / C4ISR & "boucle OODA " / Star Wars
Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre
Sujet découlant des précédents : les 36 stratagèmes, la sérendipité (la boucle OODA en est une) et de mon premier "Si vis pacem...".
Ami poète passe ton chemin, anxieux idem, curieux welcome.
Pour Une majorité de personnes, en cas de conflit dit de "forte intensité" pour respecter le politiquement correct, le gros mangera toujours le petit, ou dit autrement, le nombre fera toujours la loi.Pas faux.
Mais là encore, notre capacité d'assimilation a été largement dépassée par la réalité des progès techniques, la fameuse "loi de Moore".
Vue d'artiste d'un "killer satellite" armé laser.
Ici plus qu'ailleurs, c'est le plus rapide qui mangera le plus lent.
Et navré de le dire, mais dans ce domaine, Uncle Sam, a pris une sacré avance...
Point de situation donc.
Schématique donc réducteur, il y a des gigapages sur le sujet*, que les puristes me le pardonnent.
Un dernier point, hormis le Net, nombre des infos qui vont suivre sont sorties tout droit du livre magistral de Jacques Blamont "Introduction au siècle des menaces".**
Je sais, pas le temps, trop cher... ;-)
*tapez n'importe quel terme qui sera évoqué sous Google, vous allez être servis !
** si ses avocats "tombent" sur mon blog, etc... je sais, je retirerai à la seconde.
S'appuyant sur les performances des NTIC (Nouvelles Techniques de l'Information et des Communications) et en développant une doctrine de "l’Information Warfare", où les conflits, armés ou non, sont livrés et gagnés sur le champ de bataille de l’information, les USA ont impulsé dans les années 90 leur RMA ou Révolution des Affaires Militaires, qui fait reposer la stratégie militaire sur :
- la dominance de la manoeuvre
- la précision en cas d'engagement
- la sanctuarisation du territoire (le "shoot down" d'un satellite il y a peu est un message on ne peut plus clair à l'égard des chinois et des russes : "Quand on veut, où on veut...")
- une logistique sur mesure (démesuréee dirons certains).
Le cœur de la doctrine est la notion de C4ISR, acronyme formé par les mots Command, Control, Communications, Computers, Intelligence (au sens anglais de renseignement) Surveillance et Reconnaissance
Ceci pour garantir aux militaires la prééminence en matière de vision du champ de bataille, de renseignement et de conduite des opérations.
Ceci impose une inter-connexion quasi illimitée des acteurs, du GI au général en chef, en donnant à tous une vision globale, similaire et en "temps réel" de la situation.
Ce système est itératif et doit pouvoir s'ajuster en permanence en fonction des résultats précédents.
Enfin, les frappes doivent pouvoir passer au-dessus des lignes de front, atteindre le coeur du dispositif ennemi pour aboutir à sa paralysie.
Ceci par une précision, une profondeur d'action et une simultanéité des attaques inédites jusqu'alors.
Une donnée : le 24 novembre 1944, lors du premier raid aérien "sérieux" contre le Japon, une centaine de B29 furent impliqués, le B29, c'était une capacité d'emport de 9 tonnes de bombes larguables à 10.000 m d'altitude.
Seules une trentaine de bombes touchèrent l'objectif...
Les bombardiers sont aujourd’hui remplacés par des missiles de croisières ou des drones, qui atteignent leur but au premier coup, bien qu’ils aient été lancés à des centaines, voire des milliers de kilomètres.
Toute opération militaire est désormais conçue comme se déroulant en quatre étapes qui se succèdent en un processus circulaire se mordant la queue, et à effet de feed-back, la boucle OODA. *
OODA pour Observer, Orienter (la décision), Décider et Agir.
Missile Tomahawk tiré d'un sous-marin d'attaque US.
L’ennemi est d’abord observé ; l’information permet au commandement d’orienter son action ; une décision d’exécution est prise et "l’action" a lieu.
Son résultat est à son tour observé, et le cycle reprend.
Le but est de faire tourner chacune de "nos" boucles plus rapidement que celles de l’adversaire.
Je n'évoquerai pas ici les actions visant à brouiller la phase "orientation" chez l'adversaire.
Il y a beaucoup de boucles, en simultané, de nature et de durée différentes.
Vous aurez compris que pour augmenter la vitesse, il faut disposer de trois moyens :
-1) Avant tout, il faut de la "bande passante".
Les forces coalisées pendant la première guerre du Golfe disposaient de 100 Mb/s au total.
En Afghanistan, les capacités passèrent à 800 Mb/s : dix fois moins d’hommes et huit fois plus de bande.
On en est à 7 Gb/s en Irak, en attendant 16 Gb/s en 2010.
-3) Enfin le renseignement doit présenter une perspective globale.
Ces trois exigences font toutes appel à l’espace : satellites de télécommunications, de localisation et de télédétection sont les "outils " de base de la RMA.
Ainsi l’espace est-il placé au centre de tous les concepts de la doctrine américaine.
Comme le fut la mer pour l’Angleterre pour maintenir son empire du XVIII ème à 1945.
Il est devenu un "métasystème".
L’art de la guerre a évolué avec une extrême rapidité entre la première et la seconde guerre du Golfe, parce qu’elle est devenue aérospatiale
Bilan d'une decennie de conflits.
La première guerre du Golfe (1991)
La guerre du Golfe a déclenché un tournant dans la pratique militaire des Occidentaux (Etats-Unis et OTAN). Une nouvelle doctrine du renseignement a émergé avec l’emploi des données spatiales.
Ainsi, les satellites KH-11 et 12 gérés par la CIA ont détourné leurs télescopes des silos soviétiques pour les braquer sur les concentrations de troupes, de camions et de tanks de Sadham Hussein. Environ 40 satellites ont été déployés pour les opérations menées au Koweït par les Alliés.
Nous retiendrons deux déclarations de généraux américains ayant commandé sur le théâtre :
1) 70 % des opérations spatiales militaires pendant la guerre du Golfe ont eu une finalité tactique
2) Sans les satellites de télécommunication les opérations auraient été extrêmement difficiles et peut-être impossibles.
Les fonctions opérationnelles déjà remplies par les satellites pendant la guerre du Golfe ont été amplifiées ,renseignement, mais surtout localisation précise grâce au GPS devenu un outil universel des forces armées.
La grande nouveauté en matière spatiale durant le conflit émanait de l’utilisation de nouvelles armes de précision américaines guidées par GPS : le Direct Attack Munition (JDAM) et le Joint Stand-Off Weapon (JSOW).
Ces munitions, moins précises que celles qui sont guidées par laser ou infrarouge,avaient l’avantage d’être indépendantes tant des conditions météorologiques que de l’altitude de largage.
Ainsi, plus de 650 JDAM furent lancés par les seuls B-2 pendant le conflit, soit 11 % des bombes larguées par les Alliés pour seulement 1 % des sorties pour l’ensemble de la campagne aérienne.
L’USAF a déclaré qu’elles avaient atteint 89 % de leurs cibles.
Pour la première fois triomphait sur un théâtre l’aspect système de l’intervention spatiale.
Les projectiles sont guidés par GPS ; l'évaluation des résultats est assurée instantanément par le réseau spatial et aérien de renseignement.
L’ensemble est irrigué par les satellites de télécommunication qui permettent le traitement des données en temps réel en Californie.
Beaucoup de commentateurs ont critiqué l’emploi de la seule arme aérienne au début des opérations.
Ils n’avaient pas compris que ce n’était pas une guerre aérienne qui était menée par l’OTAN, c’est-à-dire par les Etats-Unis, mais bel et bien une guerre aérospatiale...
En 1999, une évaluation de la crise du Kosovo par le Parlement français a noté que pendant les hostilités, 75 % des sorties aériennes et 80 % des munitions tirées avaient été fournies par les Américains.
Alors que les Européens dépensaient à l’époque 60 % de ce que les Américains consacraient à leur défense, ils ne disposaient en moyens que de 5 à 20 % selon les domaines.
Un membre de la Commission parlementaire, M. Paul Masson, a même déclaré :
« Comment ne pas constater que les armes de grande précision sont la vraie nouveauté de la guerre au Kosovo et en même temps le grand vide de la technologie européenne, par rapport aux Américains ».
La campagne américaine en Afghanistan a confirmé les tendances précédentes.
Le fait majeur est la précision des frappes.
L’emploi des munitions guidées est passé :
- pour celles qui utilisaient GPS, de 0 % pendant la 1ère guerre du Golfe à 3 % au Kosovo et 28 % en Afghanistan
- pour celles qui utilisaient le laser, de 44 % au Kosovo à 28 % en Afghanistan.
Au total 56 % par munitions guidées en Afghanistan sur le total des munitions larguées.
L’effort principal est porté sur le raccourcissement de la boucle OODA :
On peut imaginer l’opération suivante : une communication de Ben Laden sur son téléphone portable a été interceptée par un satellite d’écoute ; le lieu de l’émission est obtenu par un imageur plus GPS, l’ordre de bombardement est donné, soit à un drone, soit à un avion déjà sur zone, le tout en six minutes, à comparer avec quarante-huit heures au Kosovo.
On constate l’expansion ininterrompue de la doctrine appliquée depuis la première guerre du Golfe. Pour la première fois les opérations spatiales ont été gérées sur un pied d’égalité avec les opérations aériennes.
La domination américaine a encore gagné en rapidité et précision.
Au 6 avril 2003 (effondrement de la résistance irakienne) 14.500 munitions guidées et 750 missiles de croisière avaient été utilisés, soit 70 % des munitions dépensées.
Les boucles OODA tournaient en dix minutes.
L’après-guerre, qui se poursuit encore, a vu l’accroissement rapide du rôle des drones, assez bien adaptés à la lutte anti-guérilla.
Les Etats-Unis les utilisent déjà sur une grande échelle. On estime à sept cents au moins le nombre de drones qu’ils déploient opérationnellement aujourd’hui en Irak.
Les données sont toujours transmises directement par satellite à Beale AFB en Californie où elles sont analysées et distribuées.
Si les GLOBALHAWK de l’US Air Force sont lancés de la base d’Al Dhafra dans les Emirats Arabes Unis, c’est à l’aérodrome auxiliaire d’Indian Springs, située près de Las Vegas (Nevada) que des pilotes chevronnés les manipulent en temps réel, dans des shelters situés à une grande distance du ciel oriental où ils volent.
C'est dire que l’espace joue un rôle capital dans cette extraordinaire opération.
D’abord le GPS sans lequel elle ne serait pas possible, puis les satellites de télécommunication : un seul GLOBAL HAWK exige 500 Mb/s, c’est-à-dire cinq fois plus que toute l’armada alliée de la première guerre du Golfe.
Un RQ-4 Global Hawk sur sa base de Beale (CA)
Voici pourquoi, il faut bien parler d'hyper-puissance américaine, le différentiel atteint entre les USA et le reste du monde n'a jamais connu d'équivalent, - sauf peut être de 1945 à 1949, le temps que l'URSS ait "sa" bombe A-, et comme vous l'avez lu, les "progrès" en ce domaine sont exponentiels.
Nous arrivons vraiment à un stade de rupture technologique qu'aucune autre puissance ne sera en mesure de rattraper dans les prochaines décennies.
Et encore, je n'ai pas évoqué les capacités intrinsèques des nouvelles armes, j'y reviendrai, sachez seulement que la puissance du "conventionnel" est en passe d'être équivalente à celle du nucléaire.
Cela me fait penser aux armes "secrètes " des nazis, la victoire de 1945 s'est joué à 6 mois près, à peine...
L'avance technologique et conceptuelle allemande de l'époque surprend encore.
La preuve en images :

Projet de bombardier intercontinental à six réacteurs Horten HO XVIII B de 1945 (prévu pour aller bombarder New-York avec une bombe radiologique ou atomique..., aller et retour sans ravitaillement !)

Bombardier US B2 Spirit, sortie officielle : 1988...
Aujourd'hui vous a plu ? Vous adorerez demain !
Bande son : Gustav Holst / Les planètes