Milgram / Zimbardo / Le 101 ème bataillon de police / Oui Chef !

Publié le par Fab

Analyse sur un coin de table de l'obéissance à l'autorité, le positionnement social que procure cette dernière, l'influence du groupe et ses conséquences.
Demain, on fera détente, promis.


Tout le monde a en mémoire les caméras cachées, où l'acteur déguisé en flic, fait faire à peu près n'importe quoi à la victime.
La soumission à l'uniforme les rendant totalement tétanisées.
A mes yeux, les canadiennes sont les meilleures, souvent inventives et rarement méchantes.
Les plus décapantes sont celles de Laurent Baffie, qui a su aller jusqu'aux limites du genre.
Pour la détente avant de faire dans le "lourd" : http://www.dailymotion.com/relevance/search/laurent%2Bbaffie/video/xny3m_laurent-baffie-en-faux-policier_ads
-1) L'expérience de Milgram ou la gégène à la fac

 

Stanley Milgram (1933-1984), un des psychologues sociaux majeurs du XXème.

Connu pour sa fameuse expérience, j'y arrive, et sa théorie du "small world" , -non, ce n'est pas qu'une attraction à Disneyland ;-),  j'en ferai un post à l'occase.

L'expérience donc.

Vous la connaissez tous, elle est reprise dans le film "I comme Icare".

Sorti d'un coma de 25 ans ou libéré récemment d'un camp nord-coréen?

Session de rattrapage ici : http://www.dailymotion.com/video/x1e7jj_extrait-i-comme-icare_school, attention, durée 15 mn.

Bref rappel.

L'objectif réel de cette expérience est de mesurer le niveau d'obéissance à un ordre émanant d'une autorité admise et reconnue, ici un prof en blouse blanche,  même si cet ordre contrevient aux valeurs morales de l'éxécutant.


Le volontaire, recruté par petites annonces, devait infliger à une personne (en fait un comparse du "professeur"), des décharges électriques à chaque fois que cette dernière donnait une mauvaise réponse.

Les chocs électriques (en réalité fictifs, le comparse mimant la douleur) allaient de manière croissante et le sujet avait sous les yeux le voltage envoyé .

Je ne vais pas aller plus loin, la page de wiki à ce sujet, mise à jour il y a peu, raconte tout.

Ce qu'il faut retenir, c'est que :

-  plus de 60 % des sujets ont infligé au moins une fois la décharge maxi, et notifiée comme dangereuse (450V) au début de l'expérience, bref, près de 2/3 de citoyens lamba sont prêts à faire n'importe quoi pour obéir à l'autorité.

- la soumission à l'autorité déresponsabilise l'exécutant,

- l'anxiété sert de soupape de sécurité, les émotions d'incofort que ressent l'individu permet de se prouver à lui même qu'il est en désaccord avec l'ordre exécuté, le "Vous savez, j'ai rien contre vous, mais vous comprenez, faites un effort..."

- le conformisme est un puissant moteur, l'individu croit agir selon sa volonté propre alors qu'il suit les règles, mêmes tacites, du groupe. L'esprit de corps pour résumer...


 

-2) Zimbardo - L'expérience de Stanford ou Oz avant l'heure

Autre approche.

Philip Zimbardo prof à Stanford, était un copain de classe de Milgram et  psychologue comme lui

En 1971, à la demande de l'armée US, soucieuse de comprendre les problèmes en milieu carcéral, il va lancer dans les sous-sols du campus de la fac de Stanford, l'expérience suivante :

- parmi un groupe de volontaires, testés et sélectionnés pour leur stabilité émotionelle, après tirage au sort, certains sont désignés comme gardiens, d'autres comme prisonniers, chacun tenant son rôle.
Les consignes étant minimales.

Les conditions de l'expérience se voulurent le plus réaliste possible : gardiens en uniforme, Raybans et matraques, les prisonniers en simple tunique,  les "prisonniers" furent même arrêtés à l'improviste, à leur domicile par la vraie police.

- l'expérience devait durer deux semaines, elle fut arrêtée en catastrophe au bout de...6 jours ! Vous imaginez aisément pourquoi...

Philip ZImbardo a tout retranscrit (photos & vidéos) sur son site, sorry but english only, ici :http://www.prisonexp.org/

Synthèse en français ici : http://psychobranche.free.fr/PDF/MAP/relations_humaines.pdf

Les résultats furent et sont encore contestés : Zimbardo faisant partie de l'expérience, l'échantillon, 24 personnes est considéré comme trop mince, violation des règles d'éthique, etc...

N'empêche, c'est Zimbardo qu'on alla chercher pour analyser les "dérives" constatées dans la prison d'Abu Ghraïb en Irak en 2004.

Il a d'ailleurs sorti en 2007, pas encore traduit, un bouquin dont le titre est "The Lucifer effect", ou comment les braves gens deviennent les pires ordures sadiques, site dédié ici : http://www.lucifereffect.com/index.html

Cette expérience n'a fait que confimer les résultats de son pote Milgram et illustre bien les théories sur la dissonance cognitive (billet un jour là dessus).

Dernière chose, un film allemand "L'expérience" (Das experiment) de 2001, pas vu, relate cette expérience, le site du film (deutsch) est ici : http://www.dasexperiment.de/frameset.php?path=&seite=inhalt.htm&status=film
-3) Le 101 ème bataillon de police, l'horreur ordinaire

Ce qui suit sort du livre de Christopher Browning  : "Des hommes ordinaires"

Un des pires et meilleurs trucs que j'ai pu lire sur la Shoah, car ce furent bien des hommes ordinaires, loin des camps de mort industrielle, et surtout l'auteur ne nous sort pas le couplet "mal absolu", etc...
Un vrai boulot d'universitaire qu'il est.

 En juillet 1942, les hommes du 101 bataillon de police de réserve allemande arrivent en Pologne, la plupart d'entre eux sont des pères de famille trop âgés pour être envoyés au front.

Dans le civil, ils étaient ouvriers, vendeurs, artisans, employés de bureau, 
tous étaient devenus adultes avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir et n'avaient jamais été des nazis militants ni des racistes fanatiques, certains même avaient été des militants de partis de gauche avant leur interdiction.

Et pourtant en seize mois, ces hommes vont assassiner directement, par fusillade 38 000 Juifs, et en déporter 45 000 autres vers les chambres à gaz  - un total de 83 000 victimes pour un bataillon... de moins de 500 hommes.

Mais attendez, le mieux, c'est qu'ils n'étaient pas obligés de le faire, les officiers leur laissaient le choix !

Un refus avait certes des conséquences, permissions, carrière après la guerre, mais en aucun cas ces hommes ne risquaient pour eux-mêmes (transfert au front ou camp) en refusant de tuer.

Comment  a-t-on pu en arriver là ?

C'est là, où l'étude de l'auteur est terrible.

Quelques idées.

Si le premier meurtre "coûte", je vous fais grâce des divers essais pour tuer vite, "propre" et en nombre, les autres meurtres passent d'autant mieux qu'il y en a sans cesse, la chose finit par se banaliser.
 
Si le "job" n'est pas fait d'autres le feront quand même et puis, ça fait "mauvais genre" vis à vis des camarades et du chef.

Le groupe définit la norme, et la norme du groupe, dans le cas présent, est de tuer.
Par conformisme, on s'estimera donc normal en tuant.

Un individu péfèrera tuer et être reconnu dans le groupe plutôt que l'inverse.

On s'apercevra d'ailleurs, que les groupes de "bourreaux" sont les plus stables, les plus disciplinés, et où règne une vraie fraternité d'arme.

Je laisse la conclusion à l'auteur :
 
« Dans toute société moderne, la complexité de la vie, la bureaucratisation et la spécialisation qui en résultent atténuent le sens de la responsabilité personnelle de ceux qui sont chargés de mettre en oeuvre la politique des gouvernements. Au sein de tout collectif, le groupe des pairs exerce de formidables pressions sur le comportement de l'individu, et lui impose des normes éthiques. Alors, si les hommes du 101° bataillon de réserve de la police ont pu devenir des tueurs, quel groupe humain ne le pourrait pas? »

Si certains se souviennent du film "Brasil" du génial Terry Gilliam...
Publicité

Publié dans Manipulation - Psyops

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article